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Stéphane Thibault >_

Tel que nous l’avons évoqué en classe en début de session, il est parfois de ces questions qui semblent, à prime abord, d’une simplicité désarmante, mais qui se révèlent en un second temps parmi les plus complexes auxquelles nous serons confrontés. Vous avez bien compris que je parle ici de la fameuse question : qu’est-ce que la religion ?

Je l’ai en effet mentionné à quelques reprises, le concept de religion fait partie de ces concepts que tous ont spontanément l’impression de comprendre jusqu’au moment d’en proposer une définition. Ceci m’apparaît une fois de plus confirmé par l’expérience en observant le choc culturel (entendre ici culture académique dans le cas présent) que certains d’entre-vous semblez vivre en assistant pour la première fois à un cours au Département de sciences des religions.

Pour ceux et celles qui désireraient en connaître un peu plus sur les diverses théories de la religion qui constituent l’appareil conceptuel de base du religiologue, j’aimerais vous proposer trois références bibliographiques où vous trouverez une présentation synthétique de quelques unes des grilles d’analyses principales du fait religieux.

Le Petit traité de la vraie religion

Ménard, Guy (1999). Petit traité de la vraie religion, À l’usage de ceux et celles qui souhaitent comprendre un peu mieux le vingt et unième siècle, Montréal, Liber, 234 p.

Professeur au Département de sciences des religions de l’UQAM, l’ouvrage de Guy Ménard s’est rapidement imposé comme l’incontournable introduction au phénomène religieux, tel qu’enseigné dans notre département. Parmi les thèmes abordés (extraits de la table des matières) :

  • La religion d’hier à demain
  • L’expérience du sacré
  • Le mythe, récit sacré
  • Le rite, mode d’emploi du sacré
  • Le sacré : interdit et transgression
  • Religion, ponts et pontifes
  • La fête, moment sacré
  • Sacré domestique et sacré sauvage
  • La religion dans la postmodernité
  • Religion et morale
  • En deça du bien et du mal
  • De quelques fantômes : Dieu, l’âme et le salut

Qu’est-ce que la religion ?

Trigano, Shmuel (2001). Qu’est-ce que la religion ?, La transcendance des sociologues, Mesnil-sur-l’Estrée (France), Flammarion, coll. « Essais », 335 p.

Parmi les thèmes abordés (extraits de la table des matières) :

  • Le mystère de la communauté, la démarche d’Émile Durkheim (1858-1917)
  • L’odyssée du sens, l’approche de Max Weber (1864-1920)
  • L’occultation superlative de la religion, Karl Marx (1818-1883)
  • L’illusion réelle, de la religion comme marché selon Pierre Bourdieu
  • L’ambivalence de la sociologie de la religion
  • Le mystère persistant de l’origine

Théories de la religion

Gisel, Pierre et Jean-Marc Tétaz (dir.) (2002). Théories de la religion, Genève, Labor et Fides, 416 p.

Parmi les thèmes abordés (extraits de la table des matières) :

  • Statut et forme d’une théorie de la religion (Jean-Marc Tétaz et Pierre Gisel)
  • Image de l’inconditionné. Éléments pour une théorie post-métaphysique de la religion à partir de Habermas et de Wittgenstein (Jean-Marc Tétaz)
  • Qu’est-ce que la religion (Ulrich Barth)
  • Rituel et religion (Michael Stausberg)
  • Religion civile : théorie universelle ou pratique américaine ? Perspectives critiques sur les débats actuels à propos de la pertinence de la « religion civile » (Helmut Zander)
  • Anthropologie religieuse. Frontières, infortunes et représentations (Carmen Bernand)
  • Phénoménologie de la religion comme théorie de la religion (Johann Figl)
  • Du salut à la santé. D’une pertinence des religions (Ilario Rossi)
  • La mémoire éclatée. À propos de quelques croyances relatives au mythe (Philippe Borgeaud)
  • Monothéisme en Israël et en Égypte. Relecture d’un héritage contrasté et controversé (Jan Assmann)
  • Sociologie de la religion (Volkhard Krech)
  • Quand la religion se mire dans la lorgnette du psychologue (Pierre-Yves Brandt)
  • Philosophie, théologie et science de la religion. Les « trois cultures » dans l’Europe chrétienne après les Lumières (Burkhard Gladigow)
  • La théologie dans le contexte de la science des religions. Compréhension de soi, méthodes et tâches de la théologie en relation avec la science des religions (Ingolf Dalferth)
  • La philosophie de la religion comme gardienne des limites transcendantales de l’homme. Plaidoyer pour une théologie critique (Raphaël Célis)
  • Sur le potentiel critique des religions dans l’espace européen (Jean-Marc Ferry)
  • Penser la religion aujourd’hui. Données et tâches à assumer à partir de la tradition théologique (Pierre Gisel)

Avec ces trois ouvrages en mains, ceux et celles d’entre-vous qui avez encore un peu de difficulté à identifier ce qui constitue une grille d’analyse, une approche, une méthode, etc., devriez avoir un bon tour d’horizon de l’outillage conceptuel du religiologue.

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Pythagore est un héros légendaire de la Grèce : être inspiré et démoniaque*, il était considéré par certains comme un intermédiaire entre les dieux et les humains. Le pythagorisme est une secte religieuse vouée au culte de Dionysos, le dieu du vin et de tout ce qui célèbre le délire de l’âme. La secte cherchait, par des initiations secrètes, à purifier l’âme de ses adeptes. Pour les pythagoriciens, l’initiation aux sciences — et tout particulièrement à la science des nombres — purifiait l’âme des initiés. Le groupe connut une division entre une tendance plus religieuse et superstitieuse (les akousmatikoi) et une tendance plus philosophique (les mathèmatikoi). Cette division était une manifestation de l’opposition entre la pratique religieuse et la philosophie. Ces derniers s’appelaient d’ailleurs, pour la première fois, des philosophes : des amis de la sagesse. À la différence des acousmatiques, le philosophe voit dans l’initiation à la connaissance rationnelle des nombres un moyen de purifier son âme et de se rapprocher de la perfection divine.

Carrier, André, Pierre Després, Marie-Germaine Guiomar et Ginette Légaré (1995). Apologie de Socrate, Introduction à la philosophie, Anjou (Québec), Centre Éducatif et Culturel inc., coll. « Philosophies vivantes », p. 111.

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Les âges sombres sont aussi marqués par les migrations de Grecs sur les côtes d’Anatolie, durant le XIe siècle, avec une répartition par dialectes : Éoliens au Nord, Ioniens au Centre, Doriens au Sud, qui s’applique également dans les grandes îles bordières : Lesbos est éolienne, Chios et Samos sont ioniennes, Rhodes est dorienne. C’est le premier grand mouvement colonial des Grecs, qui précède le mouvement plus vaste du VIIIe au VIe siècle, puis celui qui accompagne la conquête d’Alexandre le Grand. L’origine de ce mouvement migratoire est difficile à déterminer, d’autant qu’elle paraît correspondre à une période de recul de la population en Grèce, avec de petites localités non fortifiées ; c’est l’ancienne Smyrne qui, la première, reçoit une enceinte au milieu du IXe siècle. La disparition de l’écriture est aussi caractéristique de cette période.

Cabanes, Pierre (1992). Introduction à l’histoire de l’Antiquité, Paris, A. Colin, coll.  « Cursus. Histoire », p. 104.

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Au Xe siècle, Olympie est un sanctuaire modeste servant de lieu de rencontre en terrain « neutre » pour les dirigeants locaux de l’ouest du Péloponnèse, surtout messéniens. Au cours du VIIIe siècle, avec les nombreux sanctuaires qui accompagnèrent l’émergence de la cité, Olympie se transforma peu à peu en un site de célébration majeur, dépassant le cadre local pour devenir le lieu de convergence de toutes les cités. La date de 776 av. J.-C., généralement admise pour la fondation des « Jeux olympiques », relève du calcul d’un érudit du Ve siècle av. J.-C. et l’intensification de l’activité du site, révélée par la nette augmentation des offrandes […], pourrait effectivement refléter l’institution de concours athlétiques sur le site du sanctuaire au milieu du siècle.

[…]

Aux concours olympiques (en l’honneur de Zeus) et pythiques (en l’honneur d’Apollon) vinrent s’ajouter ceux de l’Isthme de Corinthe (en l’honneur de Poséidon) et ceux de Némée (en l’honneur de Zeus), qui constituèrent un cycle de quatre fêtes (périodos) où pouvaient successivement s’illustrer les athlètes de tout le monde grec.

Pirenne-Delforge, Vinciane (1999). « Deuxième partie. Religion grecque », dans Yves Lehmann (dir.), Religions de l’Antiquité, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Premier cycle », p. 125-126.

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Un critère différentiel dans le monde des dieux et des héros est largement exploité ; il apparaît dans les textes anciens, mais il fut exacerbé dans les théories modernes : les qualités « ouraniennes » ou « chtoniennes » des puissances et des honneurs qui leur sont rendus. Sont « ouraniens » — de οὐρανός [ouranos], le ciel — ou encore « olympiens » — car résidant sur le mont Olympe — les dieux auxquels sont destinés les rituels du même nom. Il s’agit, pour faire bref, de sacrifier (θύειν [thuein], ἱερεύειν [hiereuein]) sur des autels en élévation des animaux dont les parties consacrées aux dieux laissent échapper de la fumée et les odeurs qui leur sont destinées dans leur séjour céleste. Sont par contre « chtoniennes » — de χθών [kthôn], la terre — les divinités qui trouvent au plus profond de la terre la source de leurs pouvoirs, liés à la croissance de la végétation, mais en étroite relation aussi avec le monde des morts. À ces puissances infernales, auxquelles sont associés les défunts, héroïsés ou non, sont réservés les rituels sacrificiels qui voient la destruction des victimes (ἐναγίζειν [énagizein]) dans des fosses ou sur des foyers bas, et des libations, appelées χοαί [koai] et non σπονδαί [spondai] comme celles des dieux olympiens.

[…] [A]uraient dès lors été chtoniennes les puissances divines méditerranéennes originelles, et ouraniens les dieux des Indo-Européens. La réalité est bien plus complexe […]

Pirenne-Delforge, Vinciane (1999). « Deuxième partie. Religion grecque », dans Yves Lehmann (dir.), Religions de l’Antiquité, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Premier cycle », p. 100.

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