On peut se demander, à observer ce duel explosif de la France et de l’Allemagne, ce que serait devenu le problème dorien si d’autres nationalités s’y étaient intéressées à la même époque. L’école anglaise, par exemple, hérite du schéma sans y porter une attention particulière, ni le mettre en doute dans ses grandes lignes. Les invasions doriennes font vite parties du stock considérable des idées reçues.
Le nazisme est l’aboutissement ultime de cette théorie de la race, déjà si bien constituée chez Müller [Karl Ottfried, auteur de Die Dorier, 1824]. Quelques mots pour situer les Doriens dans l’histoire nazie : tout y est clair et univoque ; l’esprit grec est dorien, et donc germanique, puisque issu de la même branche nordique de la race aryenne. Les invasions doriennes ont abouti à sauver la Grèce de la contamination asiatique et la quintessence des vertus grecques s’exprime plus que jamais dans le génie militaire du modèle spartiate [« Sparte, considérée à tort ou à raison comme le symbole du dorisme » (p. 44) (…)]. Le tout s’inscrit dans une théorie générale des migrations indo-européennes qui exalte jusqu’au délire la supériorité de l’élément germanique.
Schnapp-Gourbeillon, Annie (1986 [1982]). « L’invasion dorienne a-t-elle eu lieu ? », dans C. Mossé (dir.), La Grèce ancienne, Paris, Seuil, p. 46.
Comments
Mais pourquoi tant de haine contre le mythe? Seriez-vous “mythophobe”? Il est vrai qu’en prenant le métro pour rentrer à Chomedey-Laval, cela fait chic de dire que l’on critique l’interprétation nazie de l’invasion dorienne.
L’école anglaise dites-vous, mais quoi de plus emmerdant que l’école anglaise?
Bonjour Luc,
Pour ton information, ce billet ne présente qu’une citation que je n’ai pas commentée par écrit. La raison de cette absence de commentaire de ma part est qu’elle faisait partie d’un cours en sciences des religions de 45 heures que j’ai donné à l’Université du Québec à Montréal à l’hiver 2010.
Si j’ai mis du temps à publier ton commentaire, c’est que j’ai tenté en vain de trouver une façon de synthétiser le contenu du cours qui te permettrait d’apprécier à sa juste valeur cette citation. J’ai toutefois choisi aujourd’hui de le publier afin que d’autres internautes qui découvriraient cette citation soient en mesure de faire preuve d’un sens critique avant de sauter indûment à des conclusions hâtives sur ma posture épistémologique.
Bonjour,
Je vois que vous vous intéressé aux Doriens et aux Grecs en général. Actuellement je prépare une thèse sur les Pélasges. J’ai déjà écris deux livres sur la civilisation préhellénique…
Bien cordialement
Mathieu Aref
Bonjour Mathieu,
Il me ferait bien plaisir d’obtenir les références bibliographiques des ouvrages déjà publiés et de les ajouter à cette page si tu n’y vois aucune objection.
Bonsoir,
Je viens de lire votre message. Mes livres vous les trouverez à la Fnac ou dans une Librairie (sur commande) ou, si vous le désirez, je vous les adresse directement. Dans ce cas laissez-moi votre adresse ici ou par fax au 0148288969.
Les ouvrages sont les suivants :
- Albanie (Histoire et langue) ou l’incroyable odyssée d’un peuple préhellénique, Paris 2003
- Grèce (Mycéniens=Pélasges) ou la solution d’une énigme, Paris 2004