Religion active et religion passive

Stéphane Thibault >_

[…] [J]’ai soutenu ailleurs qu’il serait utile de distinguer entre des formes de la religion « actives » et « passives » […]. Par « active », j’entend une conduite qui vise une nouvelle connaissance du monde divin ou une maîtrise de l’action divine. Par « passive », j’entend une conduite sanctionnée par la tradition, qui vise à décrire les relations entre les mortels et les dieux. Elle est « passive » dans la mesure où elle implique une acceptation des lignes directrices existantes. Ces deux modes de comportements religieux sont complémentaires : les découvertes de l’investigation « active » servent en effet à réformer, à réorganiser, à réactualiser les comportements traditionnels, ce qui permet au système religieux de progresser tout comme progresse la culture qui le soutient. L’interaction entre comportements « actifs » et « passifs » est si cruciale que la recherche d’informations nouvelles faisait partie intégrante du sacrifice, élément central du culte grec. Les dieux, dont on estimait qu’ils avaient décrété la forme du rituel, étaient invités à participer au repas sacrificiel et à indiquer s’ils approuvaient ou non la personne qui offrait le sacrifice.

Potter, David (2004). « La religion hellénistique », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 515.