Platon et le mythe philosophique

Stéphane Thibault >_

Le projet de Platon qui veut décrire l’origine de l’univers, de l’homme et de la société, s’insère donc dans une tradition assez bien représentée en Grèce ancienne, tradition qui, par-delà ses « prédécesseurs », remonte aux poètes ; mais par un autre biais, il est incroyablement novateur.

Le « philosophe » qui veut décrire l’origine de l’univers, de l’homme et de la société se trouve aussi démuni que le poète, Hésiode par exemple, qui, dans sa Théogonie, commence par s’en remettre aux Muses pour savoir à quoi s’en tenir sur l’origine des dieux. À l’instar du poète, le philosophe tient alors un discours qui ne peut être déclaré ni vrai ni faux, dans la mesure où la référence de ce discours échappe à celui qui le tient ; tout naturellement il ne peut avoir été témoin de l’origine de l’humanité et encore moins celle de l’univers : or, ce type de discours, c’est le mythe.

Le mythe est avant tout un récit, c’est-à-dire un discours qui se déploie dans le temps et qui décrit ce que font non point des entités abstraites, mais des personnages qui présentent une identité individuelle plus ou moins marquée.

Platon (1996 [1992]). Timée / Critias, trad., intro. et notes par Luc Brisson, collaboration de Michel Patillon pour la trad., Paris, Flammarion, coll. « GF-Flammarion », n° 618, p. 10-11.