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Stéphane Thibault >_

Or, bien entendu, avec l’aide d’un dieu il nous est encore permis à nous, au cas où, d’aventure, il y aurait quelque chose de défectueux dans nos relations antérieures, d’y apporter des correctifs en actes et en paroles. En ce qui concerne la philosophie, je l’affirme en effet, l’opinion vraie que nous en aurons et le discours qui s’y rapportera seront meilleurs si nous avons une conduite convenable. Mais, si notre conduite est honteuse, ce sera le contraire. Or, nous ne pourrions certes rien faire de plus saint que de nous en préoccuper, ni de plus impie que de nous en désintéresser.

Platon, Lettre II, 311d-e

Platon (1997 [1987]). Lettres, trad., intro. et notes par Luc Brisson, Paris, Flammarion, coll. « GF-Flammarion », n° 466, p. 87.

Stéphane Thibault >_

Plus récemment, un certain nombre de savants ont pensé avoir trouvé l’origine du récit de Platon dans la Crète minoenne. Tout comme l’Atlantide, la Crète minoenne était une île, base d’une importante puissance navale, dont la civilisation avait atteint un haut niveau technique et qui connut une disparition brutale, au XVe siècle av. J.-C., alors même qu’elle était à son apogée.

Les résultats des fouilles entreprises notamment par sir Arthur Evans à Cnossos ont permis d’établir des parallèles entre quelques détails donnés par Platon sur l’Atlantide et certaines découvertes archéologiques concernant la Crète minoenne : une architecture brillante, un art très sophistiqué, un réseau de canalisations bien agencées, etc. L’association traditionnelle de la Crète avec le taureau se trouve notamment illustrée par les fresques représentant des acrobates exécutant des sauts périlleux en prenant appui sur les cornes de taureaux ; qui plus est, les coupes de Vapheio semblent représenter des scènes s’apparentant à celles qu’évoque le sacrifice d’un taureau par les rois Atlantes à la fin du Critias. Tout comme l’Atlantide, enfin, la Crète est une île montagneuse où on trouve au moins une grande plaine.

Mais, pour les savants qui favorisent l’hypothèse minoenne, le parallèle le plus important et le plus intéressant entre l’Atlantide et la Crète réside dans la nature et la cause de leur disparition.

Platon (1996 [1992]). Timée / Critias, trad., intro. et notes par Luc Brisson, collaboration de Michel Patillon pour la trad., Paris, Flammarion, coll. « GF-Flammarion », n° 618, p. 315-316.

Stéphane Thibault >_

Le projet de Platon qui veut décrire l’origine de l’univers, de l’homme et de la société, s’insère donc dans une tradition assez bien représentée en Grèce ancienne, tradition qui, par-delà ses « prédécesseurs », remonte aux poètes ; mais par un autre biais, il est incroyablement novateur.

Le « philosophe » qui veut décrire l’origine de l’univers, de l’homme et de la société se trouve aussi démuni que le poète, Hésiode par exemple, qui, dans sa Théogonie, commence par s’en remettre aux Muses pour savoir à quoi s’en tenir sur l’origine des dieux. À l’instar du poète, le philosophe tient alors un discours qui ne peut être déclaré ni vrai ni faux, dans la mesure où la référence de ce discours échappe à celui qui le tient ; tout naturellement il ne peut avoir été témoin de l’origine de l’humanité et encore moins celle de l’univers : or, ce type de discours, c’est le mythe.

Le mythe est avant tout un récit, c’est-à-dire un discours qui se déploie dans le temps et qui décrit ce que font non point des entités abstraites, mais des personnages qui présentent une identité individuelle plus ou moins marquée.

Platon (1996 [1992]). Timée / Critias, trad., intro. et notes par Luc Brisson, collaboration de Michel Patillon pour la trad., Paris, Flammarion, coll. « GF-Flammarion », n° 618, p. 10-11.

Stéphane Thibault >_

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Stéphane Thibault >_

Déjà moribonde du fait de la désagrégation interne des cités, la religion poliade s’effondre avec leur écroulement politique. L’homme ne trouve plus à satisfaire ses aspirations vers l’au-delà dans le cadres des poleis : la meilleure dévotion ne peut plus être d’accomplir de son mieux son devoir de citoyen. La religion de collective se fait individuelle, comme il est naturel en un temps où partout triomphe l’individualisme.

Cette crise profonde engendre deux attitudes opposées. Beaucoup tombent dans le scepticisme, qui se développe non seulement dans certaines écoles philosophiques, mais aussi, semble-t-il, dans le populaire […]

Le culte nouveau de Tyché (la Fortune) est une forme déguisée du scepticisme. Cette déesse n’est en somme que la négation de la providence divine et la personnification du désordre et du fortuit qui semblent seuls désormais gouverner les affaires humaines, au milieu des vicissitudes d’événements chaotiques. […]

Mais la ferveur est dans l’ensemble beaucoup plus forte que le scepticisme. Elle éclate dans certaines philosophies comme le stoïcisme, témoin l’admirable Hymne à Zeus de Cléanthe d’Assos […]

Elle est plus forte encore dans la masse, écrasée par la crise sociale, heurtée par les vicissitudes d’une histoire tourmentée, arrachée à ses croyances traditionnelles, et qui ne peut se consoler qu’en parvenant aux sommets de la sagesse. La soif du salut se fait tourment. Elle ne trouve à s’apaiser que dans les cultes émotionnels, voire extatiques, qui procurent au fidèle un contact direct et personnel avec le dieu qu’il a choisi.

Lévêque, Pierre (1992 [1969]). Le monde hellénistique (Quatrième édition), Paris, Armand Colin, coll. « Agora », n° 230, p. 183-185.

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[I]l faut attendre l’époque hellénistique pour trouver, avec Ératosthène de Cyrène, l’expression d’un scepticisme généralisé ou, au contraire, avec Évhémère de Messène, dont on ne sait à peu près rien sauf qu’il vécut vers la fin du IVe siècle, la première traduction systématique de la mythologie en termes historiques. […] Quant à Évhémère, sans doute influencé par les cultes contemporains des souverains hellénistiques, il avait soutenu que « tout ceux qui reçoivent un culte à titre de dieux furent des hommes et que les premiers et les plus grands d’entre eux furent des rois ; mais qu’en raison du courage par lequel ils avaient servi le genre humain, ils furent gratifiés d’honneurs divins après leur mort » (Lactance, De la colère divine II, 7, 8).

Saïd, Suzanne (1993). Approches de la mythologie grecque, Paris, Nathan, p. 70.

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Un humain pouvait échapper au système de justice civile s’il sollicitait la protection d’un dieu, situation envisagée dans les clauses de lois sacrées, comme celle de Pergame. Un criminel pouvait venir voir le dieu en tant que suppliant, hikétès, et obtenir la purification de son crime. Les temples des dieux étaient des endroits où les représentants de la justice humaine ne pouvaient pénétrer : tous avaient en effet autour de leur autel un espace protégé par l’asylia, ou sanctuaire. Le hikétès restait dans le temple jusqu’au moment où il recevait la purification de son crime.

Potter, David (2004). « La religion hellénistique », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 518.

Stéphane Thibault >_

[…] [J]’ai soutenu ailleurs qu’il serait utile de distinguer entre des formes de la religion « actives » et « passives » […]. Par « active », j’entend une conduite qui vise une nouvelle connaissance du monde divin ou une maîtrise de l’action divine. Par « passive », j’entend une conduite sanctionnée par la tradition, qui vise à décrire les relations entre les mortels et les dieux. Elle est « passive » dans la mesure où elle implique une acceptation des lignes directrices existantes. Ces deux modes de comportements religieux sont complémentaires : les découvertes de l’investigation « active » servent en effet à réformer, à réorganiser, à réactualiser les comportements traditionnels, ce qui permet au système religieux de progresser tout comme progresse la culture qui le soutient. L’interaction entre comportements « actifs » et « passifs » est si cruciale que la recherche d’informations nouvelles faisait partie intégrante du sacrifice, élément central du culte grec. Les dieux, dont on estimait qu’ils avaient décrété la forme du rituel, étaient invités à participer au repas sacrificiel et à indiquer s’ils approuvaient ou non la personne qui offrait le sacrifice.

Potter, David (2004). « La religion hellénistique », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 515.