Religiologie

Stéphane Thibault >_

La Société québécoise pour l’étude de la religion (SQÉR) vous invite à venir participer à son assemblée générale des membres de 2010, où il sera notamment question de l’élection d’un nouveau comité exécutif et de l’avenir de la Société. L’assemblée se tiendra le

26 novembre 2010, de 15h00 à 17h00
Université de Montréal
Pavillon Marguerite D’Youville
2375 Chemin de la Côte Ste- Catherine, bureau 5031
Montréal, QC

Au plaisir de vous y voir en grand nombre.

Stéphane Thibault >_

[…] [J]’ai soutenu ailleurs qu’il serait utile de distinguer entre des formes de la religion « actives » et « passives » […]. Par « active », j’entend une conduite qui vise une nouvelle connaissance du monde divin ou une maîtrise de l’action divine. Par « passive », j’entend une conduite sanctionnée par la tradition, qui vise à décrire les relations entre les mortels et les dieux. Elle est « passive » dans la mesure où elle implique une acceptation des lignes directrices existantes. Ces deux modes de comportements religieux sont complémentaires : les découvertes de l’investigation « active » servent en effet à réformer, à réorganiser, à réactualiser les comportements traditionnels, ce qui permet au système religieux de progresser tout comme progresse la culture qui le soutient. L’interaction entre comportements « actifs » et « passifs » est si cruciale que la recherche d’informations nouvelles faisait partie intégrante du sacrifice, élément central du culte grec. Les dieux, dont on estimait qu’ils avaient décrété la forme du rituel, étaient invités à participer au repas sacrificiel et à indiquer s’ils approuvaient ou non la personne qui offrait le sacrifice.

Potter, David (2004). « La religion hellénistique », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 515.

Stéphane Thibault >_

Tel que nous l’avons évoqué en classe en début de session, il est parfois de ces questions qui semblent, à prime abord, d’une simplicité désarmante, mais qui se révèlent en un second temps parmi les plus complexes auxquelles nous serons confrontés. Vous avez bien compris que je parle ici de la fameuse question : qu’est-ce que la religion ?

Je l’ai en effet mentionné à quelques reprises, le concept de religion fait partie de ces concepts que tous ont spontanément l’impression de comprendre jusqu’au moment d’en proposer une définition. Ceci m’apparaît une fois de plus confirmé par l’expérience en observant le choc culturel (entendre ici culture académique dans le cas présent) que certains d’entre-vous semblez vivre en assistant pour la première fois à un cours au Département de sciences des religions.

Pour ceux et celles qui désireraient en connaître un peu plus sur les diverses théories de la religion qui constituent l’appareil conceptuel de base du religiologue, j’aimerais vous proposer trois références bibliographiques où vous trouverez une présentation synthétique de quelques unes des grilles d’analyses principales du fait religieux.

Le Petit traité de la vraie religion

Ménard, Guy (1999). Petit traité de la vraie religion, À l’usage de ceux et celles qui souhaitent comprendre un peu mieux le vingt et unième siècle, Montréal, Liber, 234 p.

Professeur au Département de sciences des religions de l’UQAM, l’ouvrage de Guy Ménard s’est rapidement imposé comme l’incontournable introduction au phénomène religieux, tel qu’enseigné dans notre département. Parmi les thèmes abordés (extraits de la table des matières) :

  • La religion d’hier à demain
  • L’expérience du sacré
  • Le mythe, récit sacré
  • Le rite, mode d’emploi du sacré
  • Le sacré : interdit et transgression
  • Religion, ponts et pontifes
  • La fête, moment sacré
  • Sacré domestique et sacré sauvage
  • La religion dans la postmodernité
  • Religion et morale
  • En deça du bien et du mal
  • De quelques fantômes : Dieu, l’âme et le salut

Qu’est-ce que la religion ?

Trigano, Shmuel (2001). Qu’est-ce que la religion ?, La transcendance des sociologues, Mesnil-sur-l’Estrée (France), Flammarion, coll. « Essais », 335 p.

Parmi les thèmes abordés (extraits de la table des matières) :

  • Le mystère de la communauté, la démarche d’Émile Durkheim (1858-1917)
  • L’odyssée du sens, l’approche de Max Weber (1864-1920)
  • L’occultation superlative de la religion, Karl Marx (1818-1883)
  • L’illusion réelle, de la religion comme marché selon Pierre Bourdieu
  • L’ambivalence de la sociologie de la religion
  • Le mystère persistant de l’origine

Théories de la religion

Gisel, Pierre et Jean-Marc Tétaz (dir.) (2002). Théories de la religion, Genève, Labor et Fides, 416 p.

Parmi les thèmes abordés (extraits de la table des matières) :

  • Statut et forme d’une théorie de la religion (Jean-Marc Tétaz et Pierre Gisel)
  • Image de l’inconditionné. Éléments pour une théorie post-métaphysique de la religion à partir de Habermas et de Wittgenstein (Jean-Marc Tétaz)
  • Qu’est-ce que la religion (Ulrich Barth)
  • Rituel et religion (Michael Stausberg)
  • Religion civile : théorie universelle ou pratique américaine ? Perspectives critiques sur les débats actuels à propos de la pertinence de la « religion civile » (Helmut Zander)
  • Anthropologie religieuse. Frontières, infortunes et représentations (Carmen Bernand)
  • Phénoménologie de la religion comme théorie de la religion (Johann Figl)
  • Du salut à la santé. D’une pertinence des religions (Ilario Rossi)
  • La mémoire éclatée. À propos de quelques croyances relatives au mythe (Philippe Borgeaud)
  • Monothéisme en Israël et en Égypte. Relecture d’un héritage contrasté et controversé (Jan Assmann)
  • Sociologie de la religion (Volkhard Krech)
  • Quand la religion se mire dans la lorgnette du psychologue (Pierre-Yves Brandt)
  • Philosophie, théologie et science de la religion. Les « trois cultures » dans l’Europe chrétienne après les Lumières (Burkhard Gladigow)
  • La théologie dans le contexte de la science des religions. Compréhension de soi, méthodes et tâches de la théologie en relation avec la science des religions (Ingolf Dalferth)
  • La philosophie de la religion comme gardienne des limites transcendantales de l’homme. Plaidoyer pour une théologie critique (Raphaël Célis)
  • Sur le potentiel critique des religions dans l’espace européen (Jean-Marc Ferry)
  • Penser la religion aujourd’hui. Données et tâches à assumer à partir de la tradition théologique (Pierre Gisel)

Avec ces trois ouvrages en mains, ceux et celles d’entre-vous qui avez encore un peu de difficulté à identifier ce qui constitue une grille d’analyse, une approche, une méthode, etc., devriez avoir un bon tour d’horizon de l’outillage conceptuel du religiologue.

Stéphane Thibault >_

Vendredi dernier, j’ai reçu un courriel d’un ancien collègue (que je salue au passage) me signalant la présence d’un sondage sur le site de l’UQAM concernant le programme Éthique et culture religieuse (ÉCR). Dans le corps du message, la personne ayant lancé la chaîne écrivait alors : « Je crois que nous avons avantage à le faire circuler pour que les gens qui sont en faveur du programme puissent s’exprimer, car je soupçonne présentement qu’il circule surtout chez ceux qui sont contre […] ».

Je consulte donc rapidement le site en question, le site de nouvelles de l’UQAM, et je répond au sondage en me disant que je ferai circuler à mon tour l’information au cours du week-end. Eh bien deux jours plus tard, ledit sondage était bien sûr déjà clos…

11 janvier 2010

Êtes-vous en faveur du nouveau programme Éthique et culture religieuse offert aux élèves du primaire et du secondaire?

Non (84 %)
Oui (16 %)

Nombre de participants 1352

UQAM (2010). « Archives des sondages », en ligne, <http://www.nouvelles.uqam.ca/index.php?action=sondages>, consulté le 2009-10-17.

Il est toujours difficile de savoir quelles seront les suites d’un tel sondage, mais au cours de mes dix années d’implication étudiante auprès des instances de l’UQAM, j’ai appris que les personnes intéressées par les résultats de tels sondages, en apparence si anodins soient-ils, trouvent toujours le moyen d’en extraire le contenu hors de son contexte au moment opportun.

Je suis d’autant plus troublé que ceux d’entre vous qui me connaissez savez pertinemment que je suis sans conteste plus politisé que la moyenne des gens, que je siège sur le comité exécutif de la Société québécoise pour l’étude de la religion (SQÉR) depuis 2004, et que je suis chargé de cours (donc actif et présent…) cet hiver à l’UQAM. Malgré tout, il aura néanmoins fallu une chaîne de courriels transmise par l’intermédiaire d’un collègue que je n’ai pas vu depuis des années pour que l’information parvienne jusqu’à moi.

Peut-être ne suis-je plus représentatif aux yeux de l’UQAM de la « population générale » qu’elle désire sonder, ou peut-être aurais-je du aller au devant d’une information que plus d’un millier d’internautes avant moi auront su trouver… Peut-être n’est-ce qu’un sondage sans conséquence. Peut-être est-ce un indice probant qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour éduquer une population qui comprend mal les transformations sociales en cours, mais qui sait très bien où trouver les endroit où crier son mécontentement.

Peut-être que le technoreligiologue que je suis a fait un test rapide sur le nouveau sondage pour constater qu’il était très facile de voter à plus d’une reprise, ce qu’on ne vous dira probablement pas le jour où l’on décidera de citer les résultats de ce sondage hors contexte…

Stéphane Thibault >_

Quelqu’un saurait-il me dire si vous avez vu la typologie de Suzanne Saïd dans le cours HIS4163 ? Une réponse par courriel ou en commentaire d’ici ce jeudi (21 janvier 2010) serait appréciée.

Saïd, Suzanne (1993). Approches de la mythologie grecque, Paris, Nathan, 128 p.

Stéphane Thibault >_

On peut se demander, à observer ce duel explosif de la France et de l’Allemagne, ce que serait devenu le problème dorien si d’autres nationalités s’y étaient intéressées à la même époque. L’école anglaise, par exemple, hérite du schéma sans y porter une attention particulière, ni le mettre en doute dans ses grandes lignes. Les invasions doriennes font vite parties du stock considérable des idées reçues.

Le nazisme est l’aboutissement ultime de cette théorie de la race, déjà si bien constituée chez Müller [Karl Ottfried, auteur de Die Dorier, 1824]. Quelques mots pour situer les Doriens dans l’histoire nazie : tout y est clair et univoque ; l’esprit grec est dorien, et donc germanique, puisque issu de la même branche nordique de la race aryenne. Les invasions doriennes ont abouti à sauver la Grèce de la contamination asiatique et la quintessence des vertus grecques s’exprime plus que jamais dans le génie militaire du modèle spartiate [« Sparte, considérée à tort ou à raison comme le symbole du dorisme » (p. 44) (…)]. Le tout s’inscrit dans une théorie générale des migrations indo-européennes qui exalte jusqu’au délire la supériorité de l’élément germanique.

Schnapp-Gourbeillon, Annie (1986 [1982]). « L’invasion dorienne a-t-elle eu lieu ? », dans C. Mossé (dir.), La Grèce ancienne, Paris, Seuil, p. 46.

Stéphane Thibault >_

La tenue simultanée cet hiver des cours REL1174 sur les Religions de l’Occident ancien, dont j’ai la charge, et HIS4163 sur la Mythologie grecque et romaine, dispensé par le professeur Gaétan Thériault, s’avère plutôt problématique pour le bon déroulement de notre session. Comment, en effet, préparer un cours d’introduction qui demeure pertinent quand une partie du groupe abordera dans les détails, deux jours plus tôt, et ce pour l’ensemble des semaines consacrées au volet gréco-romain, des thèmes que nous ne pourrons traiter qu’en surface ?

Cette situation s’avère d’autant plus problématique que c’est précisément avec l’aide du professeur Thériault que j’ai développé la structure actuelle du cours REL1174 en prévision de la session d’hiver 2005. Vous aurez ainsi compris que c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai fait le pari d’une approche qui accorde tant d’importance à la construction scientifique du discours religieux des peuples soumis à notre étude, avec espoir que celle-ci s’avérera complémentaire tout en s’acquittant de la tâche qui lui est impartie.

Je n’en appréhende toutefois pas moins le déroulement des prochaines semaines où les risques de redondance seront particulièrement accrus entre les cours des deux départements. Je vais poursuivre ma réflexion sur la question et j’apprécierais beaucoup vos suggestions et commentaires afin de me permettre de vous offrir un cours duquel vous repartirez satisfaits en fin de session.

Stéphane Thibault >_

Un mythe du Ṛg Veda décrit l’affrontement entre Indra, un des dieux représentant les Aryens, et le démon Vṛtra qui retenait les eaux et empêchait ainsi l’abreuvement des troupeaux. Vṛtra pourrait représenter la civilisation de l’Indus qui, installée le long du fleuve, en contrôlait l’accès. Indra défait Vṛtra et les troupeaux des hordes nomades peuvent ainsi être abreuvés.

Boisvert, Mathieu (1997). « Le bouddhisme », dans Mathieu Boisvert (dir.), Un monde de religions, tome 1, Les traditions de l’Inde, Sainte-Foy (Québec), PUQ, p. 55.