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Stéphane Thibault >_

Dès le Ve siècle, l’Occident est à peu près entièrement celtisé, mais le dynamisme turbulent des Celtes les entraîne aussitôt vers d’autres conquêtes. Au début du IVe ils occupent l’Italie padane, y créant une nouvelle Gaule. La Gaule méridionale reçoit de nouveaux immigrants au IVe et au IIIe, les îles Britanniques et l’Espagne au IIIe. D’autres s’installèrent dans la vallée danubienne et jusqu’en Illyrie et en Thrace. Les bandes des Galates saccagèrent la Grèce au IIIe, avant de s’infléchir en Asie Mineure, où beaucoup se fixent définitivement en Galatie. À partir de 250, c’est au tour des Belges de conquérir tout le nord de la France et une partie de la Grande-Bretagne. À la fin de cette expansion, le Celtique comprend l’Allemagne jusqu’à l’Elbe, toute l’Europe moyenne de part et d’autre du Danube, les îles Britanniques, la France, l’Italie septentrionale, l’Espagne et le Portugal. La Scandinavie elle-même est toute pénétrée d’influences celtiques, dues en particulier aux importations d’oeuvres d’art. Aucun peuple de l’Europe n’est aussi puissant.

Dès le premier âge du Fer (époque de Hallstatt), la civilisation celtique s’était imprégnée profondément d’hellénisme, grâce à des relations établies depuis la Grèce par la voie danubienne, depuis l’Italie par les cols alpins, depuis Marseille par la vallée du Rhône. Le mouvement continue au second âge du Fer (époque de La Tène), surtout pendant les deux premières périodes (La Tène I : 450-250 et La Tène II : 250-100), où le monde celtique atteint son apogée. Un certain déclin se marque à La Tène III (Ier siècle). Les voies de pénétration restent les mêmes, mais l’expansion gauloise vers le Sud rend les contacts beaucoup plus aisés et féconds. Au reste la Celtique occidentale s’oriente de plus en plus vers la Méditerranée, et le sillon rhodanien, grande route de l’étain, retrouve, par-delà la coupure de l’époque classique, son importance de la période archaïque.

Lévêque, Pierre (1992 [1969]). Le monde hellénistique (Quatrième édition), Paris, Armand Colin, coll. « Agora », n° 230, p. 216-217.

Stéphane Thibault >_

Plus récemment, un certain nombre de savants ont pensé avoir trouvé l’origine du récit de Platon dans la Crète minoenne. Tout comme l’Atlantide, la Crète minoenne était une île, base d’une importante puissance navale, dont la civilisation avait atteint un haut niveau technique et qui connut une disparition brutale, au XVe siècle av. J.-C., alors même qu’elle était à son apogée.

Les résultats des fouilles entreprises notamment par sir Arthur Evans à Cnossos ont permis d’établir des parallèles entre quelques détails donnés par Platon sur l’Atlantide et certaines découvertes archéologiques concernant la Crète minoenne : une architecture brillante, un art très sophistiqué, un réseau de canalisations bien agencées, etc. L’association traditionnelle de la Crète avec le taureau se trouve notamment illustrée par les fresques représentant des acrobates exécutant des sauts périlleux en prenant appui sur les cornes de taureaux ; qui plus est, les coupes de Vapheio semblent représenter des scènes s’apparentant à celles qu’évoque le sacrifice d’un taureau par les rois Atlantes à la fin du Critias. Tout comme l’Atlantide, enfin, la Crète est une île montagneuse où on trouve au moins une grande plaine.

Mais, pour les savants qui favorisent l’hypothèse minoenne, le parallèle le plus important et le plus intéressant entre l’Atlantide et la Crète réside dans la nature et la cause de leur disparition.

Platon (1996 [1992]). Timée / Critias, trad., intro. et notes par Luc Brisson, collaboration de Michel Patillon pour la trad., Paris, Flammarion, coll. « GF-Flammarion », n° 618, p. 315-316.

Stéphane Thibault >_

Le projet de Platon qui veut décrire l’origine de l’univers, de l’homme et de la société, s’insère donc dans une tradition assez bien représentée en Grèce ancienne, tradition qui, par-delà ses « prédécesseurs », remonte aux poètes ; mais par un autre biais, il est incroyablement novateur.

Le « philosophe » qui veut décrire l’origine de l’univers, de l’homme et de la société se trouve aussi démuni que le poète, Hésiode par exemple, qui, dans sa Théogonie, commence par s’en remettre aux Muses pour savoir à quoi s’en tenir sur l’origine des dieux. À l’instar du poète, le philosophe tient alors un discours qui ne peut être déclaré ni vrai ni faux, dans la mesure où la référence de ce discours échappe à celui qui le tient ; tout naturellement il ne peut avoir été témoin de l’origine de l’humanité et encore moins celle de l’univers : or, ce type de discours, c’est le mythe.

Le mythe est avant tout un récit, c’est-à-dire un discours qui se déploie dans le temps et qui décrit ce que font non point des entités abstraites, mais des personnages qui présentent une identité individuelle plus ou moins marquée.

Platon (1996 [1992]). Timée / Critias, trad., intro. et notes par Luc Brisson, collaboration de Michel Patillon pour la trad., Paris, Flammarion, coll. « GF-Flammarion », n° 618, p. 10-11.

Stéphane Thibault >_

Déjà moribonde du fait de la désagrégation interne des cités, la religion poliade s’effondre avec leur écroulement politique. L’homme ne trouve plus à satisfaire ses aspirations vers l’au-delà dans le cadres des poleis : la meilleure dévotion ne peut plus être d’accomplir de son mieux son devoir de citoyen. La religion de collective se fait individuelle, comme il est naturel en un temps où partout triomphe l’individualisme.

Cette crise profonde engendre deux attitudes opposées. Beaucoup tombent dans le scepticisme, qui se développe non seulement dans certaines écoles philosophiques, mais aussi, semble-t-il, dans le populaire […]

Le culte nouveau de Tyché (la Fortune) est une forme déguisée du scepticisme. Cette déesse n’est en somme que la négation de la providence divine et la personnification du désordre et du fortuit qui semblent seuls désormais gouverner les affaires humaines, au milieu des vicissitudes d’événements chaotiques. […]

Mais la ferveur est dans l’ensemble beaucoup plus forte que le scepticisme. Elle éclate dans certaines philosophies comme le stoïcisme, témoin l’admirable Hymne à Zeus de Cléanthe d’Assos […]

Elle est plus forte encore dans la masse, écrasée par la crise sociale, heurtée par les vicissitudes d’une histoire tourmentée, arrachée à ses croyances traditionnelles, et qui ne peut se consoler qu’en parvenant aux sommets de la sagesse. La soif du salut se fait tourment. Elle ne trouve à s’apaiser que dans les cultes émotionnels, voire extatiques, qui procurent au fidèle un contact direct et personnel avec le dieu qu’il a choisi.

Lévêque, Pierre (1992 [1969]). Le monde hellénistique (Quatrième édition), Paris, Armand Colin, coll. « Agora », n° 230, p. 183-185.

Stéphane Thibault >_

Les âges sombres sont aussi marqués par les migrations de Grecs sur les côtes d’Anatolie, durant le XIe siècle, avec une répartition par dialectes : Éoliens au Nord, Ioniens au Centre, Doriens au Sud, qui s’applique également dans les grandes îles bordières : Lesbos est éolienne, Chios et Samos sont ioniennes, Rhodes est dorienne. C’est le premier grand mouvement colonial des Grecs, qui précède le mouvement plus vaste du VIIIe au VIe siècle, puis celui qui accompagne la conquête d’Alexandre le Grand. L’origine de ce mouvement migratoire est difficile à déterminer, d’autant qu’elle paraît correspondre à une période de recul de la population en Grèce, avec de petites localités non fortifiées ; c’est l’ancienne Smyrne qui, la première, reçoit une enceinte au milieu du IXe siècle. La disparition de l’écriture est aussi caractéristique de cette période.

Cabanes, Pierre (1992). Introduction à l’histoire de l’Antiquité, Paris, A. Colin, coll.  « Cursus. Histoire », p. 104.