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Stéphane Thibault >_

Nul ne semble mieux mériter le nom d’Indo-Européens que les « Italiques » qui s’établirent dans la péninsule au cours du deuxième millénaire, et parmi eux les Latins surtout. Leur langue a conservé, seule (et en commun) avec l’indo-iranien, bon nombre de mots désignant des faits de religion et d’organisation sociale : inséparables à haute époque. Ce conservatisme obstiné, au long de lents cheminements à travers des espaces immenses, se vérifiera facteur essentiel de l’évolution religieuse de Rome ; il justifie des hypothèses et des recherches qui peu à peu, même contestées ou retouchées, en éclairent certains aspects historiques : sur « l’unité italo-celtique », avant que les peuplades de même provenance et de même langue se fussent séparées pour gagner les unes l’Italie, les autres l’Europe atlantique ; sur « la tripartition fonctionnelle » qui, durablement attestée dans l’Inde par les classes (sacerdotale, militaire, productrice), aurait laissé plus que des traces, des témoignages de structure dans le culte et la légende des Latins.

Bayet, Jean (1999 [1956]). La religion romaine, Histoire politique et psychologique, Paris, Éd. Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », n° 360, p. 15.

Stéphane Thibault >_

Une formule célèbre de Tite-Live (en V, 1, 6) présente le peuple étrusque comme le plus religieux qui soit au monde. L’historien augustéen traduit bien là l’impression que les anciens Toscans donnaient à ses contemporains, et l’intérêt que suscitait en eux la religion étrusque. De la part de Romains cela exprimait la reconnaissance d’une dette : autant Rome savait qu’elle devait beaucoup de ce qui constituait sa culture à la Grèce, autant elle s’estimait redevable de bien des traits de sa religion à l’Étrurie.

Briquel, Dominique (1999). « Première partie. La religion étrusque », dans Yves Lehmann (dir.), Religions de l’Antiquité, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Premier cycle », p. 7.

Stéphane Thibault >_

Au Xe siècle, Olympie est un sanctuaire modeste servant de lieu de rencontre en terrain « neutre » pour les dirigeants locaux de l’ouest du Péloponnèse, surtout messéniens. Au cours du VIIIe siècle, avec les nombreux sanctuaires qui accompagnèrent l’émergence de la cité, Olympie se transforma peu à peu en un site de célébration majeur, dépassant le cadre local pour devenir le lieu de convergence de toutes les cités. La date de 776 av. J.-C., généralement admise pour la fondation des « Jeux olympiques », relève du calcul d’un érudit du Ve siècle av. J.-C. et l’intensification de l’activité du site, révélée par la nette augmentation des offrandes […], pourrait effectivement refléter l’institution de concours athlétiques sur le site du sanctuaire au milieu du siècle.

[…]

Aux concours olympiques (en l’honneur de Zeus) et pythiques (en l’honneur d’Apollon) vinrent s’ajouter ceux de l’Isthme de Corinthe (en l’honneur de Poséidon) et ceux de Némée (en l’honneur de Zeus), qui constituèrent un cycle de quatre fêtes (périodos) où pouvaient successivement s’illustrer les athlètes de tout le monde grec.

Pirenne-Delforge, Vinciane (1999). « Deuxième partie. Religion grecque », dans Yves Lehmann (dir.), Religions de l’Antiquité, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Premier cycle », p. 125-126.

Stéphane Thibault >_

Un critère différentiel dans le monde des dieux et des héros est largement exploité ; il apparaît dans les textes anciens, mais il fut exacerbé dans les théories modernes : les qualités « ouraniennes » ou « chtoniennes » des puissances et des honneurs qui leur sont rendus. Sont « ouraniens » — de οὐρανός [ouranos], le ciel — ou encore « olympiens » — car résidant sur le mont Olympe — les dieux auxquels sont destinés les rituels du même nom. Il s’agit, pour faire bref, de sacrifier (θύειν [thuein], ἱερεύειν [hiereuein]) sur des autels en élévation des animaux dont les parties consacrées aux dieux laissent échapper de la fumée et les odeurs qui leur sont destinées dans leur séjour céleste. Sont par contre « chtoniennes » — de χθών [kthôn], la terre — les divinités qui trouvent au plus profond de la terre la source de leurs pouvoirs, liés à la croissance de la végétation, mais en étroite relation aussi avec le monde des morts. À ces puissances infernales, auxquelles sont associés les défunts, héroïsés ou non, sont réservés les rituels sacrificiels qui voient la destruction des victimes (ἐναγίζειν [énagizein]) dans des fosses ou sur des foyers bas, et des libations, appelées χοαί [koai] et non σπονδαί [spondai] comme celles des dieux olympiens.

[…] [A]uraient dès lors été chtoniennes les puissances divines méditerranéennes originelles, et ouraniens les dieux des Indo-Européens. La réalité est bien plus complexe […]

Pirenne-Delforge, Vinciane (1999). « Deuxième partie. Religion grecque », dans Yves Lehmann (dir.), Religions de l’Antiquité, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Premier cycle », p. 100.