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Stéphane Thibault >_

Les travaux comparatistes, représentés principalement par l’oeuvre de G. Dumézil, ont pris comme hypothèse de départ que les Romains, qui, selon eux, n’ont pas de mythologie qui leur soit propre, ont « historicisé les mythes », en projetant dans un passé présenté comme réel les vieux mythes qui courent dans les religions des peuples dits « indo-européens ». En se fondant sur cette idée et sur la croyance à l’existence d’une tripartition fonctionnelle chez tous ces peuples, divisant la société en trois groupes, les prêtres, les guerriers et les producteurs, les comparatistes en viennent à refuser toute réalité à l’histoire archaïque de Rome. Cette théorie, séduisante dans son énoncé, a l’inconvénient de ne pas bien s’appliquer dans le détail dès lors qu’on dépasse les rapprochements évidents dus à la parenté du latin avec les autres langues indo-européennes, spécialement le sanskrit.

En fait, les rois latino-sabins ressemblent à des personnages créés par amalgame d’anecdotes plus qu’à des figures mythologiques égarées dans un monde réel. Ils paraissent avoir une personnalité et une histoire bien individualisée, mais leur règne est d’une longueur telle qu’elle n’est pas vraisemblable, ce qui fait penser à une création à partir de légendes populaires circulant dans des milieux variés. De toute façon, le plus ancien état de leur histoire vient d’une époque antérieure à la constitution du patriciat car, chose curieuse, ils portent des gentilices plébéiens et des prénoms inusités par la suite.

Arnaud-Lindet, Marie-Pierre (2005 [2001]). Histoire et politique à Rome, Les historiens romains IIIe siècle av. J.-C. – Ve siècle ap. J.-C., Paris, Bréal, coll. « Agora – Pocket », n° 285, p. 101.

Stéphane Thibault >_

La légende des origines à Rome, telle qu’elle nous est parvenue, s’est organisée à partir des Ve-IVe siècles av. J.-C., autour de trois thèmes principaux : le fondateur éponyme, Romulus ; la généalogie et les origines immédiates du fondateur, d’Énée au mythe des jumeaux ; la période royale et les débuts de la République.

[…]

La vulgate de la légende qui a cours chez les Romains, à partir d’Auguste, dit généralement ceci : le prince troyen Énée, fils de Vénus et d’Anchise, fuyant Troie au moment de sa destruction, erre en Méditerranée avec quelques compagnons ; il aborde à Carthage où il est aimé de la reine Didon, puis part pour l’Italie ; il y épouse Lavinia, fille du roi Latinus, et fonde Lavinium. Ascagne, fils d’Énée, fonde Albe ; après lui, règnent douze rois albains en environ quatre cents ans.

Le dernier roi d’Albe, Amulius, règne après avoir détrôné son frère Numitor. Romulus, petit-fils de Numitor, fils de Rhéa Silvia et du dieu Mars, est nourri par une louve avec son jumeau Rémus ; il remet son grand-père sur le trône d’Albe, fonde Rome la troisième année de la sixième Olympiade (754-753 av. J.-C.), et tue son frère rival qui s’était moqué des rites de fondation. Après lui règnent sur Rome trois rois latino-sabins et trois rois étrusques, à raison d’environ trois par siècle. Le dernier roi, Tarquin le Superbe, est chassé de Rome par Brutus, deux cent quarante-quatre ou deux cent quarante-trois ans après la fondation, soit en 509 av. J.-C.

Arnaud-Lindet, Marie-Pierre (2005 [2001]). Histoire et politique à Rome, Les historiens romains IIIe siècle av. J.-C. – Ve siècle ap. J.-C., Paris, Bréal, coll. « Agora – Pocket », n° 285, p. 93-94.