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Stéphane Thibault >_

Comme il est dit dans l’Histoire des rois des Suédois et des Gots [de Johannes Magnus] au livre I chapitre 12, l’observation du chiffre 9 était particulièrement courante lors des sacrifices chez les Gots des temps anciens, sans doute parce que la philosophie pythagoricienne (qu’ils avaient apprise de Zamolxis et Diceneus) enseigne qu’en tout il faut préférer les nombres impairs. En effet, quoique chaque semaine et quotidiennement leurs dieux fissent l’objet de la plus haute vénération, ils leur apportaient chaque neuvième mois une offrande plus solennelle en consacrant neuf jours à accomplir les sacrifices avec des cérémonies respectueuses des règles et une grande dévotion. Lors de chacune de ces journées, ils sacrifiaient neuf sortes d’êtres vivants auxquels on ajoutait même des sacrifices humains. Après la fin de cette période de neuf jours, ils se rendaient depuis toutes les provinces du pays jusqu’au temple d’Uppsala, où les habitants de la région venaient en masse les rejoindre. Pendant neuf jours, on y abattait les animaux sacrificiels en l’honneur des dieux, près d’un autel, selon le nombre précité. L’être humain qui, par tirage au sort, avait été désigné pour être sacrifié était noyé vivant dans la source qui jaillissait près du lieu du sacrifice : s’il rendait l’âme facilement, les prêtres déclaraient que le sacrifice avait été couronné de succès. Dans ce cas, on ressortait immédiatement son corps pour aller le pendre dans le bois tout proche qu’ils considéraient comme sacré. Alors ils affirmaient qu’il avait été pris parmi les dieux. Pour cette raison, tous ceux qui quittaient la vie terrestre par le moyen d’un tel sacrifice s’estimaient certains d’obtenir le salut. Il advenait même que des rois fussent tirés au sort pour être sacrifiés de cette manière. Et puisqu’un tel sacrifice était considéré comme particulièrement favorable pour le royaume, le peuple tout entier escortait cette si noble victime jusqu’au trépas en se félicitant mutuellement. Ils étaient en effet convaincus que ceux qui périssaient dans de telles circonstances ne mouraient pas, mais que ceux-ci et eux-même se voyaient accorder l’immortalité. C’était ce qu’enseignaient Zamolxis, Zenta et Diceneus, comme Dion, Ablatius, Jordanes et Strabon et d’autres le racontent ; ces derniers affirmaient aussi que les Gots, à de nombreux égards, étaient profondément versés en matière de philosophie et avaient conçu l’idée de l’immortalité de l’âme, vu qu’ils estimaient qu’ils ne mouraient pas, mais que (d’après Hérodote, livre IV) ceux qui étaient décédés s’en allaient dans un pays meilleur régi selon eux par un dieu nommé Bleyxen. Sans revenir sur les agissements qui ont été décrits auparavant, ils avaient coutume d’envoyer un messager, tiré au sort parmi eux, ainsi qu’un bateau avec cinq rameurs, avec pour mission de persuader le dieu de leur accorder généreusement ce dont ils avaient besoin. Voici par quel moyen on expédiait ce messager : certains d’entre eux prenaient des lances pointées vers le haut, tandis que d’autres saisissaient par les mains et par les pieds la personne à envoyer et la jettaient sur des lances. Si elle expirait sur le coup, ils estimaient que le dieu était favorablement disposé étant donné qu’il avait bien accepté le messager, mais s’il en était autrement, ils accusaient le messager d’être un mauvais homme, indigne d’être chargé d’une mission auprès du dieu. Après avoir été tué en étant jeté sur les lances, son corps était confié aux profondeurs ténébreuses de l’océan par les soins des cinq rameurs. […] (Olaus Magnus [1490-1557], III, 7)

Olaus Magnus (2004). Histoire et description des peuples du Nord, trad. du latin et présenté par Jean-Marie Maillefer, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Les Classiques du Nord », p. 109-111.

Stéphane Thibault >_

En Islande, c’est-à-dire terra glacialis, qui, depuis les temps anciens et encore de nos jours, est soumise au royaume de Norvège, une loi stipule que celui qui a tué un animal nuisible doit recevoir, sur les fonds publics ou du bailli royal, une récompense déterminée d’après le degré de nuisance de la bête tuée et dûment exhibée. Il existe là-bas des corbeaux — il y en a aussi des blancs — qui se distinguent par un comportement plus sauvage qu’ailleurs : ils tuent des agneaux et des cochons de lait en fondant sur eux et en les déchirant avec leurs griffes. Pour se venger de ces ravages, les jeunes gens de ces contrées ont l’habitude de faire la chasse aux corbeaux dont ils abattent quantité avec leurs flèches. Ils ne conservent que les becs qu’ils attachent sur des ficelles pour les apporter comme preuves aux baillis qui leurs distribuent alors une généreuse récompense sous la forme de flèches correspondant au nombre de volatiles tués. Des dispositions similaires sont également observées dans toute la Scandinavie pour d’autres bêtes malfaisantes. Dans ce contexte, on peut signaler que les peaux des grands ours, en particulier des blancs, sont d’ordinaire étalées dans les églises sous les bancs d’autel afin que les prêtres ne prennent pas froid. […] (Olaus Magnus [1490-1557], IV, 15)

Olaus Magnus (2004). Histoire et description des peuples du Nord, trad. du latin et présenté par Jean-Marie Maillefer, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Les Classiques du Nord », p. 169.

Stéphane Thibault >_

Ils égorgèrent tous les mâles de la race entière, les vieillards comme les enfants ; puis les Gaulois burent le sang et mangèrent la chair des nouveaux-nés qu’ils venaient de massacrer… Toutes les femmes et les vierges qui avaient conservé une étincelle de dignité se suicidèrent aussitôt que la ville fut perdue ; celles qui survécurent furent soumises, par des actes de violence inutile, à toutes les formes d’outrage par des hommes aussi dénués de pitié qu’ils étaient dénués d’amour… Les autres devraient mourir de faim et de fatigue, après une interminable succession de sévices que leurs infligèrent les impitoyables barbares : elle s’accouplèrent avec les agonisants ; elles s’accouplèrent avec les morts.

Pausanias, Description de la Grèce, X, 22, 2, cité par Mitchell, 2004, p. 370.

Mitchell, Stephen (2004). « Les Galates : représentation et réalité », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 370.

Stéphane Thibault >_

Un phénomène parallèle à la quête du droit d’asyle est l’utilisation de « l’histoire » (souvent mythologique) dans les négociations avec d’autres États. Il existait, bien sûr, une longue tradition de diplomatie mythologique, ainsi que la création de parenté fictive dans l’histoire grecque […]. Mais ce phénomène, qui connut un essor spectaculaire durant les siècles après Alexandre, n’en reste pas moins révélateur. Les histoires de dieux et de héros fournissaient le ciment idéologique qui unissait le monde grec. Cette forme de discours, sans être religieuse au sens strict, n’était pas non plus laïque à proprement parler.

Potter, David (2004). « La religion hellénistique », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 524.

Stéphane Thibault >_

Un humain pouvait échapper au système de justice civile s’il sollicitait la protection d’un dieu, situation envisagée dans les clauses de lois sacrées, comme celle de Pergame. Un criminel pouvait venir voir le dieu en tant que suppliant, hikétès, et obtenir la purification de son crime. Les temples des dieux étaient des endroits où les représentants de la justice humaine ne pouvaient pénétrer : tous avaient en effet autour de leur autel un espace protégé par l’asylia, ou sanctuaire. Le hikétès restait dans le temple jusqu’au moment où il recevait la purification de son crime.

Potter, David (2004). « La religion hellénistique », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 518.

Stéphane Thibault >_

[…] [J]’ai soutenu ailleurs qu’il serait utile de distinguer entre des formes de la religion « actives » et « passives » […]. Par « active », j’entend une conduite qui vise une nouvelle connaissance du monde divin ou une maîtrise de l’action divine. Par « passive », j’entend une conduite sanctionnée par la tradition, qui vise à décrire les relations entre les mortels et les dieux. Elle est « passive » dans la mesure où elle implique une acceptation des lignes directrices existantes. Ces deux modes de comportements religieux sont complémentaires : les découvertes de l’investigation « active » servent en effet à réformer, à réorganiser, à réactualiser les comportements traditionnels, ce qui permet au système religieux de progresser tout comme progresse la culture qui le soutient. L’interaction entre comportements « actifs » et « passifs » est si cruciale que la recherche d’informations nouvelles faisait partie intégrante du sacrifice, élément central du culte grec. Les dieux, dont on estimait qu’ils avaient décrété la forme du rituel, étaient invités à participer au repas sacrificiel et à indiquer s’ils approuvaient ou non la personne qui offrait le sacrifice.

Potter, David (2004). « La religion hellénistique », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 515.