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Stéphane Thibault >_

Gangleri demanda : « Quelle fut l’origine ? Comment cela commença-t-il ? Et qu’y avait-il auparavant ? »

Le Très-Haut répondit : « Ainsi qu’il est dit dans la Voluspa :


C’était à l’origine des temps,
Alors que régnait le néant.
Ni sable, ni mer n’y avait,
Ni vagues glacées.
N’existait la terre,
Ni le ciel très haut.
Immense était l’abîme,
Mais nulle plante ne poussait. »

L’Égal du Très-Haut dit alors : « Ce fut à de nombreuses époques avant la création de la terre que Niflheim fut fait. En son centre se trouve la source appelée Hvergelmir et, de là, sourdent les rivières qui portent les noms suivants : Svol, Gunnthra, Fiorm, Fimbulthul, Slidr et Hrid, Slyg et Ylg, Vid, Leiptr ; et aussi Gioll, qui est la plus proche des grilles de Hel. »

Le Tiers dit aussi : « En tout premier lieu, il y eut cependant le monde qui est situé dans la partie méridionale et qui est appelé Muspell. Il est lumineux et très chaud, car cette région n’est que feu et flammes, aussi est-il inaccessible aux étrangers et à ceux qui n’y possèdent pas de domaines ancestraux. C’est là que réside l’être appelé Surt : il se tient à la frontière de ce pays afin de le défendre et il possède une épée ardente. À la fin du monde, il partira au combat, vaincra tous les dieux et incendiera le monde entier. Voici ce qui est dit dans la Voluspa :


Du sud s’avance Surt,
Le feu flambant à la main.
De l’épée jaillit
Le soleil des dieux des occis.
Les falaises s’effondrent,
Les femmes-trolls trébuchent.
Sur le sentier de Hel s’avancent les guerriers
Tandis que le ciel se déchire. »

(Gylfaginning, ch. IV)

Sturluson, Snorri (1991). L’Edda. Récits de mythologie nordique. trad. du vieil islandais, intro. et annotation par François-Xavier Dillmann, Paris, Gallimard — NRF, coll. « L’aube des peuples », p. 32-33.

Stéphane Thibault >_

Le projet de Platon qui veut décrire l’origine de l’univers, de l’homme et de la société, s’insère donc dans une tradition assez bien représentée en Grèce ancienne, tradition qui, par-delà ses « prédécesseurs », remonte aux poètes ; mais par un autre biais, il est incroyablement novateur.

Le « philosophe » qui veut décrire l’origine de l’univers, de l’homme et de la société se trouve aussi démuni que le poète, Hésiode par exemple, qui, dans sa Théogonie, commence par s’en remettre aux Muses pour savoir à quoi s’en tenir sur l’origine des dieux. À l’instar du poète, le philosophe tient alors un discours qui ne peut être déclaré ni vrai ni faux, dans la mesure où la référence de ce discours échappe à celui qui le tient ; tout naturellement il ne peut avoir été témoin de l’origine de l’humanité et encore moins celle de l’univers : or, ce type de discours, c’est le mythe.

Le mythe est avant tout un récit, c’est-à-dire un discours qui se déploie dans le temps et qui décrit ce que font non point des entités abstraites, mais des personnages qui présentent une identité individuelle plus ou moins marquée.

Platon (1996 [1992]). Timée / Critias, trad., intro. et notes par Luc Brisson, collaboration de Michel Patillon pour la trad., Paris, Flammarion, coll. « GF-Flammarion », n° 618, p. 10-11.