Archives for the tag “ Greece ”

Stéphane Thibault >_

On raconte qu’Hercule aussi a été chez eux, et avant d’aller au combat ils le célèbrent comme le premier des héros. Ils ont aussi de ces chants qu’ils entonnent — c’est ce qu’ils appellent le bardit — pour enflammer leur courage et dont les accents mêmes leur font augurer l’issue du combat qu’ils vont engager ; car ils sont terribles ou ils tremblent selon qu’a retenti la ligne de bataille et pour eux ce ne sont pas tant des clameurs que l’unisson du courage. On recherche surtout la rudesse du son des éclats rauques, le bouclier placé devant la bouche afin que la voix, plus pleine et plus grave, s’enfle en y résonnant. Du reste, certains pensent qu’Ulysse aussi dans ces longues et merveilleuses erreurs, porté jusqu’en cet Océan, a rendu visite aux terres de Germanie et qu’Asciburgium, ville située au bord du Rhin et aujourd’hui encore habitée, fut par lui fondée et dénommée ; bien plus, un autel consacré par Ulysse et où l’on avait aussi gravé le nom de Laërte son père aurait été jadis découvert au même endroit ; des monuments et des tombeaux portant des caractères grecs existeraient encore aux confins de la Germanie et de la Rhétie. Je n’ai pas l’intention d’appuyer ces assertions de preuves, ni de les réfuter ; que chacun, selon sa guise, leur refuse ou leur donne sa créance (Germanie, III).

Tacite (1983 [1949]). La Germanie, texte établi et trad. par Jacques Perret, Paris, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, p. 71-72.

Stéphane Thibault >_

Pour les auteurs grecs qui en ont parlé, les Goths étaient des « Scythes » : c’est le mot qu’ils utilisaient presque toujours pour les désigner. Le mot « Scythe » est très ancien ; il vient des Histoires d’Hérodote (écrites au Ve siècle av. J.-C.), qui traitaient du monde grec au temps des guerres médiques. Pour Hérodote, les Scythes étaient des Barbares étranges qui vivaient au nord de la mer Noire, dans ce qui est actuellement la Moldavie et l’Ukraine. Ils vivaient à cheval, mangeaient la viande crue, s’habillaient bizarrement et étaient fondamentalement étrangers, non seulement au monde grec mais même aux autres Barbares, plus proches du monde grec. Les historiens grecs, comme la plupart des autres auteurs grecs, étaient extrêmement respectueux des formes anciennes ; ils considéraient certains auteurs comme des canons, des modèles parfaits que les écrivains des époques ultérieures se devaient de suivre. Hérodote était l’un de ces auteurs canoniques et ses Histoires étaient régulièrement utilisées comme référence par les historiens grecs venus après lui. Dans la pratique, cela signifie que des auteurs qui ont écrit cinq cent ans ou mille ans après Hérodote parlaient du monde de leur époque exactement dans la même langue, avec exactement le même vocabulaire qu’Hérodote tant de siècles auparavant.

Pour les auteurs grecs des IIIe, IVe et Ve siècles apr. J.-C. [sic], les Barbares venant des régions où Hérodote avait situé les Scythes étaient eux-mêmes, très concrètement, des Scythes. Ce n’était pas seulement qu’une langue pseudo-classique attribuait un nom ancien à une population nouvelle ; les Grecs et les Romains appartenant au monde civilisé de l’Empire croyaient vraiment en un type éternel de barbare, immuable pour l’essentiel, quel que fût le nom spécifique attribué à une tribu donnée à un moment donné. C’est pourquoi les Goths, lorsqu’ils apparaissent pour la première fois dans nos sources écrites, sont des Scythes : ils vivaient sur le territoire qu’avaient autrefois occupé les Scythes ; ils étaient l’image inversée parce que barbare du monde grec civilisé, tout comme l’avaient été les Scythes ; ils étaient donc eux aussi des Scythes.

Kulikowski, Michael (2009 [2007]). Rome et les Goths. IIIe-Ve siècle, invasions et intégration, trad. de l’anglais par Marie-Anne de Kisch et Yves de Kisch, Paris, Éditions Autrement, coll. « Mémoires/Histoire », n° 149, p. 25-28.

Stéphane Thibault >_

Une formule célèbre de Tite-Live (en V, 1, 6) présente le peuple étrusque comme le plus religieux qui soit au monde. L’historien augustéen traduit bien là l’impression que les anciens Toscans donnaient à ses contemporains, et l’intérêt que suscitait en eux la religion étrusque. De la part de Romains cela exprimait la reconnaissance d’une dette : autant Rome savait qu’elle devait beaucoup de ce qui constituait sa culture à la Grèce, autant elle s’estimait redevable de bien des traits de sa religion à l’Étrurie.

Briquel, Dominique (1999). « Première partie. La religion étrusque », dans Yves Lehmann (dir.), Religions de l’Antiquité, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Premier cycle », p. 7.

Stéphane Thibault >_

In the Footsteps of Alexander the Great

Source : Amazon.ca

In the Footsteps of Alexander the Great brings to life one of the most pivotal events in human history, the creation of a Greek empire stretching from the Balkans to India. Michael Wood hosts this colorful journey across 20,000 miles, 16 countries and four war zones, retracing Alexander’s expedition that first joined East and West. The series captures the drama and adventure of one of the world’s greatest stories as Wood travels across the deserts, mountains and rivers of Turkey, Israel, Egypt, Iran, Afghanistan and India.

At the heart of this epic story is the enigmatic character of Alexander himself. Using texts of Greek and Roman historians as his guide, Wood searches for the truth behind the legends of the young man who conquered most of the known world before he was 30.

BBC (2004 [1998]). In the Footsteps of Alexander the Great, hosted by Michael Wood, PBS Home Video, DVD, color, 240 min.

Stéphane Thibault >_

Un phénomène parallèle à la quête du droit d’asyle est l’utilisation de « l’histoire » (souvent mythologique) dans les négociations avec d’autres États. Il existait, bien sûr, une longue tradition de diplomatie mythologique, ainsi que la création de parenté fictive dans l’histoire grecque […]. Mais ce phénomène, qui connut un essor spectaculaire durant les siècles après Alexandre, n’en reste pas moins révélateur. Les histoires de dieux et de héros fournissaient le ciment idéologique qui unissait le monde grec. Cette forme de discours, sans être religieuse au sens strict, n’était pas non plus laïque à proprement parler.

Potter, David (2004). « La religion hellénistique », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 524.

Stéphane Thibault >_

Or, bien entendu, avec l’aide d’un dieu il nous est encore permis à nous, au cas où, d’aventure, il y aurait quelque chose de défectueux dans nos relations antérieures, d’y apporter des correctifs en actes et en paroles. En ce qui concerne la philosophie, je l’affirme en effet, l’opinion vraie que nous en aurons et le discours qui s’y rapportera seront meilleurs si nous avons une conduite convenable. Mais, si notre conduite est honteuse, ce sera le contraire. Or, nous ne pourrions certes rien faire de plus saint que de nous en préoccuper, ni de plus impie que de nous en désintéresser.

Platon, Lettre II, 311d-e

Platon (1997 [1987]). Lettres, trad., intro. et notes par Luc Brisson, Paris, Flammarion, coll. « GF-Flammarion », n° 466, p. 87.

Stéphane Thibault >_

Déjà moribonde du fait de la désagrégation interne des cités, la religion poliade s’effondre avec leur écroulement politique. L’homme ne trouve plus à satisfaire ses aspirations vers l’au-delà dans le cadres des poleis : la meilleure dévotion ne peut plus être d’accomplir de son mieux son devoir de citoyen. La religion de collective se fait individuelle, comme il est naturel en un temps où partout triomphe l’individualisme.

Cette crise profonde engendre deux attitudes opposées. Beaucoup tombent dans le scepticisme, qui se développe non seulement dans certaines écoles philosophiques, mais aussi, semble-t-il, dans le populaire […]

Le culte nouveau de Tyché (la Fortune) est une forme déguisée du scepticisme. Cette déesse n’est en somme que la négation de la providence divine et la personnification du désordre et du fortuit qui semblent seuls désormais gouverner les affaires humaines, au milieu des vicissitudes d’événements chaotiques. […]

Mais la ferveur est dans l’ensemble beaucoup plus forte que le scepticisme. Elle éclate dans certaines philosophies comme le stoïcisme, témoin l’admirable Hymne à Zeus de Cléanthe d’Assos […]

Elle est plus forte encore dans la masse, écrasée par la crise sociale, heurtée par les vicissitudes d’une histoire tourmentée, arrachée à ses croyances traditionnelles, et qui ne peut se consoler qu’en parvenant aux sommets de la sagesse. La soif du salut se fait tourment. Elle ne trouve à s’apaiser que dans les cultes émotionnels, voire extatiques, qui procurent au fidèle un contact direct et personnel avec le dieu qu’il a choisi.

Lévêque, Pierre (1992 [1969]). Le monde hellénistique (Quatrième édition), Paris, Armand Colin, coll. « Agora », n° 230, p. 183-185.

Stéphane Thibault >_

[I]l faut attendre l’époque hellénistique pour trouver, avec Ératosthène de Cyrène, l’expression d’un scepticisme généralisé ou, au contraire, avec Évhémère de Messène, dont on ne sait à peu près rien sauf qu’il vécut vers la fin du IVe siècle, la première traduction systématique de la mythologie en termes historiques. […] Quant à Évhémère, sans doute influencé par les cultes contemporains des souverains hellénistiques, il avait soutenu que « tout ceux qui reçoivent un culte à titre de dieux furent des hommes et que les premiers et les plus grands d’entre eux furent des rois ; mais qu’en raison du courage par lequel ils avaient servi le genre humain, ils furent gratifiés d’honneurs divins après leur mort » (Lactance, De la colère divine II, 7, 8).

Saïd, Suzanne (1993). Approches de la mythologie grecque, Paris, Nathan, p. 70.

Stéphane Thibault >_

Un humain pouvait échapper au système de justice civile s’il sollicitait la protection d’un dieu, situation envisagée dans les clauses de lois sacrées, comme celle de Pergame. Un criminel pouvait venir voir le dieu en tant que suppliant, hikétès, et obtenir la purification de son crime. Les temples des dieux étaient des endroits où les représentants de la justice humaine ne pouvaient pénétrer : tous avaient en effet autour de leur autel un espace protégé par l’asylia, ou sanctuaire. Le hikétès restait dans le temple jusqu’au moment où il recevait la purification de son crime.

Potter, David (2004). « La religion hellénistique », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 518.