Archives for the tag “ History ”

Stéphane Thibault >_

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What happens when all the things we based our icons on don’t exist anymore? Do they just become, ahem, iconic glyphs whose origins are shrouded in mystery?

Stéphane Thibault >_

En Islande, c’est-à-dire terra glacialis, qui, depuis les temps anciens et encore de nos jours, est soumise au royaume de Norvège, une loi stipule que celui qui a tué un animal nuisible doit recevoir, sur les fonds publics ou du bailli royal, une récompense déterminée d’après le degré de nuisance de la bête tuée et dûment exhibée. Il existe là-bas des corbeaux — il y en a aussi des blancs — qui se distinguent par un comportement plus sauvage qu’ailleurs : ils tuent des agneaux et des cochons de lait en fondant sur eux et en les déchirant avec leurs griffes. Pour se venger de ces ravages, les jeunes gens de ces contrées ont l’habitude de faire la chasse aux corbeaux dont ils abattent quantité avec leurs flèches. Ils ne conservent que les becs qu’ils attachent sur des ficelles pour les apporter comme preuves aux baillis qui leurs distribuent alors une généreuse récompense sous la forme de flèches correspondant au nombre de volatiles tués. Des dispositions similaires sont également observées dans toute la Scandinavie pour d’autres bêtes malfaisantes. Dans ce contexte, on peut signaler que les peaux des grands ours, en particulier des blancs, sont d’ordinaire étalées dans les églises sous les bancs d’autel afin que les prêtres ne prennent pas froid. […] (Olaus Magnus [1490-1557], IV, 15)

Olaus Magnus (2004). Histoire et description des peuples du Nord, trad. du latin et présenté par Jean-Marie Maillefer, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Les Classiques du Nord », p. 169.

Stéphane Thibault >_

On raconte qu’Hercule aussi a été chez eux, et avant d’aller au combat ils le célèbrent comme le premier des héros. Ils ont aussi de ces chants qu’ils entonnent — c’est ce qu’ils appellent le bardit — pour enflammer leur courage et dont les accents mêmes leur font augurer l’issue du combat qu’ils vont engager ; car ils sont terribles ou ils tremblent selon qu’a retenti la ligne de bataille et pour eux ce ne sont pas tant des clameurs que l’unisson du courage. On recherche surtout la rudesse du son des éclats rauques, le bouclier placé devant la bouche afin que la voix, plus pleine et plus grave, s’enfle en y résonnant. Du reste, certains pensent qu’Ulysse aussi dans ces longues et merveilleuses erreurs, porté jusqu’en cet Océan, a rendu visite aux terres de Germanie et qu’Asciburgium, ville située au bord du Rhin et aujourd’hui encore habitée, fut par lui fondée et dénommée ; bien plus, un autel consacré par Ulysse et où l’on avait aussi gravé le nom de Laërte son père aurait été jadis découvert au même endroit ; des monuments et des tombeaux portant des caractères grecs existeraient encore aux confins de la Germanie et de la Rhétie. Je n’ai pas l’intention d’appuyer ces assertions de preuves, ni de les réfuter ; que chacun, selon sa guise, leur refuse ou leur donne sa créance (Germanie, III).

Tacite (1983 [1949]). La Germanie, texte établi et trad. par Jacques Perret, Paris, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, p. 71-72.

Stéphane Thibault >_

Pour les auteurs grecs qui en ont parlé, les Goths étaient des « Scythes » : c’est le mot qu’ils utilisaient presque toujours pour les désigner. Le mot « Scythe » est très ancien ; il vient des Histoires d’Hérodote (écrites au Ve siècle av. J.-C.), qui traitaient du monde grec au temps des guerres médiques. Pour Hérodote, les Scythes étaient des Barbares étranges qui vivaient au nord de la mer Noire, dans ce qui est actuellement la Moldavie et l’Ukraine. Ils vivaient à cheval, mangeaient la viande crue, s’habillaient bizarrement et étaient fondamentalement étrangers, non seulement au monde grec mais même aux autres Barbares, plus proches du monde grec. Les historiens grecs, comme la plupart des autres auteurs grecs, étaient extrêmement respectueux des formes anciennes ; ils considéraient certains auteurs comme des canons, des modèles parfaits que les écrivains des époques ultérieures se devaient de suivre. Hérodote était l’un de ces auteurs canoniques et ses Histoires étaient régulièrement utilisées comme référence par les historiens grecs venus après lui. Dans la pratique, cela signifie que des auteurs qui ont écrit cinq cent ans ou mille ans après Hérodote parlaient du monde de leur époque exactement dans la même langue, avec exactement le même vocabulaire qu’Hérodote tant de siècles auparavant.

Pour les auteurs grecs des IIIe, IVe et Ve siècles apr. J.-C. [sic], les Barbares venant des régions où Hérodote avait situé les Scythes étaient eux-mêmes, très concrètement, des Scythes. Ce n’était pas seulement qu’une langue pseudo-classique attribuait un nom ancien à une population nouvelle ; les Grecs et les Romains appartenant au monde civilisé de l’Empire croyaient vraiment en un type éternel de barbare, immuable pour l’essentiel, quel que fût le nom spécifique attribué à une tribu donnée à un moment donné. C’est pourquoi les Goths, lorsqu’ils apparaissent pour la première fois dans nos sources écrites, sont des Scythes : ils vivaient sur le territoire qu’avaient autrefois occupé les Scythes ; ils étaient l’image inversée parce que barbare du monde grec civilisé, tout comme l’avaient été les Scythes ; ils étaient donc eux aussi des Scythes.

Kulikowski, Michael (2009 [2007]). Rome et les Goths. IIIe-Ve siècle, invasions et intégration, trad. de l’anglais par Marie-Anne de Kisch et Yves de Kisch, Paris, Éditions Autrement, coll. « Mémoires/Histoire », n° 149, p. 25-28.

Stéphane Thibault >_

The Celts. Rich Traditions and Ancient Myths

Source : Barnes & Noble

For 800 years, a proud, vibrant, richly imaginative warrior people swept ruthlessly across Europe. The ancient Greeks called them “ Keltoi ” and honored them as one of the great barbarian races. Follow their fascinating story from their earliest roots 2500 years ago through the flowering of their unique culture and their enduring heritage today, enhanced with stunning reconstructions of iron-age villages, dramatizations of major historical events and visits to modern Celtic lands. This fascinating look back at the legends and legacy of the Celtic heritage is underscored by the hauntingly beautiful music of Enya.

[…]

Episode One
The Man with the Golden Shoes

Writer and narrator Frank Delaney takes us from the earliest remains of Celtic salt-miners in Austria, 2500 years ago, through the spread of their empire from Ireland to Hungary. Although the Celts were courageous, ruthless warriors armed with iron and mounted on horseback, their proud independence kept them from uniting against the disciplined military might of Rome.

BBC (2003 [1987]). The Celts. Rich Traditions and Ancient Myths, narration de Frank Delaney, DVD vidéo, deux disques, couleur, BBC Video, approx. 325 min.

Stéphane Thibault >_

L'Homme d'osier

« Certaines peuplades ont des mannequins de proportions colossales, faits d’osier tressé, qu’on remplit d’hommes vivants : on y met le feu, et les hommes sont la proie des flammes. »
César, Guerre des Gaules, VI, 16

« …ils construisaient aussi une représentation gigantesque de bois et de paille qu’ils brûlaient après l’avoir remplie de bétail et de toutes sortes de bêtes ainsi que d’être humains. »
Strabon, Géographie, IV, 4, 5

Au moins trois sources anciennes font référence à un type très particulier de meurtre rituel : un sacrifice par le feu où les victimes, enfermées dans un grand mannequin creux fait de paille ou d’osier, sont brûlées vives en offrande aux dieux. La cérémonie de l’Homme d’osier apparaît non seulement chez César et Strabon, mais aussi chez un commentateur de Lucain au IXe siècle.

Il est probable que Posidonius fut la source commune de César et Strabon. De même, le commentateur de Lucain dut avoir connaissance des deux premiers auteurs et regroupé leurs observations et celles de Lucain, quand il fait allusion aux trois dieux celtiques sauvages, Taranis, Esus et Teutatès, auxquels les sacrifices humains étaient étroitement associés […]. Le rite consistant à brûler des mannequins de paille (sans victimes, cette fois) s’est poursuivi jusqu’à une période récente dans les festivals de printemps de l’Europe post-païenne. En Allemagne, on brûlait des images d’« Homme Judas ».

Gravure du XIXe s. représentant un « Homme d’osier » que l’on remplit d’être humains destinés au sacrifice. À droite, un druide surveille l’opération, tandis que les victimes se lamentent sur leur sort.

Green, Miranda (2000 [1997]). Les druides, trad. de l’anglais par Claire Sorel, Paris, Éd. Errance, p. 75.

Stéphane Thibault >_

À part leurs apparitions dans les textes mythiques, ceux d’Irlande en particulier, il semble que pendant le Moyen Âge on n’ait pas porté de véritable intérêt aux druides, notamment en Angleterre. Mais dès le début de la Renaissance, la redécouverte de la littérature classique conduisit à une approche nouvelle du passé historique et des druides qu’évoquaient les textes anciens.

[…]

Cet esprit curieux [John Aubrey (1626-1697)] fut le premier à établir un rapprochement entre les druides et le site de Stonehenge, et c’est alors que débuta un courant d’interprétations qui a persisté jusqu’à nos jours. Aubrey n’a jamais idéalisé les druides ni romancé leur existence, mais, en l’absence d’une longue perspective préhistorique, il a prétendu que puisque les sites de Stonehenge et d’Avebury ne dataient pas de l’époque romaine, ils étaient sûrement pré-romains, et parce que c’était manifestement des temples, ils devaient être druidiques.

[…]

William Stukeley, né en 1687, fut médecin dans le Lincolnshire avant d’entrer dans les ordres en 1729 et de devenir le vicaire de Stamford. Il fut influencé par l’oeuvre d’Aubrey et, comme lui, établit un rapport entre les druides et les monuments mégalithiques — dont nous savons maintenant qu’ils remontent à une période de plus de deux mille ans antérieure à l’apparition du clergé celtique. En 1724, il publia son Itinerarium Curiosum, compte rendu de ses voyages à travers la Grande-Bretagne sur une période de quatre ou cinq ans dans lequel il affirme que les tertres funéraires du Néolithique et de l’Âge du Bronze sont à relier aux Celtes ou aux druides. L’intérêt de Stukeley pour les mégalithes était soutenu par une passion égale pour la religion ancienne, et il chercha même à établir un lien entre l’Ancien Testament, les druides et le christianisme.

Green, Miranda (2000 [1997]). Les druides, trad. de l’anglais par Claire Sorel, Paris, Éd. Errance, p. 140-142.

Stéphane Thibault >_

Dès le Ve siècle, l’Occident est à peu près entièrement celtisé, mais le dynamisme turbulent des Celtes les entraîne aussitôt vers d’autres conquêtes. Au début du IVe ils occupent l’Italie padane, y créant une nouvelle Gaule. La Gaule méridionale reçoit de nouveaux immigrants au IVe et au IIIe, les îles Britanniques et l’Espagne au IIIe. D’autres s’installèrent dans la vallée danubienne et jusqu’en Illyrie et en Thrace. Les bandes des Galates saccagèrent la Grèce au IIIe, avant de s’infléchir en Asie Mineure, où beaucoup se fixent définitivement en Galatie. À partir de 250, c’est au tour des Belges de conquérir tout le nord de la France et une partie de la Grande-Bretagne. À la fin de cette expansion, le Celtique comprend l’Allemagne jusqu’à l’Elbe, toute l’Europe moyenne de part et d’autre du Danube, les îles Britanniques, la France, l’Italie septentrionale, l’Espagne et le Portugal. La Scandinavie elle-même est toute pénétrée d’influences celtiques, dues en particulier aux importations d’oeuvres d’art. Aucun peuple de l’Europe n’est aussi puissant.

Dès le premier âge du Fer (époque de Hallstatt), la civilisation celtique s’était imprégnée profondément d’hellénisme, grâce à des relations établies depuis la Grèce par la voie danubienne, depuis l’Italie par les cols alpins, depuis Marseille par la vallée du Rhône. Le mouvement continue au second âge du Fer (époque de La Tène), surtout pendant les deux premières périodes (La Tène I : 450-250 et La Tène II : 250-100), où le monde celtique atteint son apogée. Un certain déclin se marque à La Tène III (Ier siècle). Les voies de pénétration restent les mêmes, mais l’expansion gauloise vers le Sud rend les contacts beaucoup plus aisés et féconds. Au reste la Celtique occidentale s’oriente de plus en plus vers la Méditerranée, et le sillon rhodanien, grande route de l’étain, retrouve, par-delà la coupure de l’époque classique, son importance de la période archaïque.

Lévêque, Pierre (1992 [1969]). Le monde hellénistique (Quatrième édition), Paris, Armand Colin, coll. « Agora », n° 230, p. 216-217.

Stéphane Thibault >_

Ils égorgèrent tous les mâles de la race entière, les vieillards comme les enfants ; puis les Gaulois burent le sang et mangèrent la chair des nouveaux-nés qu’ils venaient de massacrer… Toutes les femmes et les vierges qui avaient conservé une étincelle de dignité se suicidèrent aussitôt que la ville fut perdue ; celles qui survécurent furent soumises, par des actes de violence inutile, à toutes les formes d’outrage par des hommes aussi dénués de pitié qu’ils étaient dénués d’amour… Les autres devraient mourir de faim et de fatigue, après une interminable succession de sévices que leurs infligèrent les impitoyables barbares : elle s’accouplèrent avec les agonisants ; elles s’accouplèrent avec les morts.

Pausanias, Description de la Grèce, X, 22, 2, cité par Mitchell, 2004, p. 370.

Mitchell, Stephen (2004). « Les Galates : représentation et réalité », dans Andrew Erskine (dir.), Le Monde hellénistique, Espaces, sociétés, cultures 323-31 av. JC, ch. XXIV, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 370.

Stéphane Thibault >_

Écrire un livre sur la religion des Celtes est une entreprise fort hasardeuse. Qu’y a-t-il à dire en fin de compte ? Cent pages suffiraient à présenter au lecteur ce que nous possédons comme sources littéraires et comme monuments. Le moyen le plus commode de s’acquitter de cette tâche serait de donner un rapide aperçu de ce que nous savons.

Mais le lecteur veut plus que ces faits nus, qui au fond ne signifient rien par eux-mêmes et ne satisfont pas. Il veut savoir quelles étaient les croyances des Celtes, comment ils se représentaient leurs dieux, ce qu’ils en attendaient, quel culte ils leur rendaient. Or, pour répondre dans une certaine mesure à ces questions, il faudrait un livre de six cent pages au moins. À propos de cette religion, en effet, presque chaque détail pose un problème et ces problèmes risquent de s’enchevêtrer à l’infini ; il faut donc d’une part examiner à fond les explications déjà données par d’autres auteurs, d’autre part appuyer ses propres opinions sur une démonstration serrée. […]

De Vries, Jan (1963 [1961]). La religion des Celtes, trad. de l’allemand Laurent Jospin, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique — Les religions de l’humanité », p. 7.