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Stéphane Thibault >_

[…] [L]e terme de Germains n’a pas reçu d’explication étymologique satisfaisante. On le trouve sous la plume d’écrivains grecs ou latins du Ier siècle avant J.-C. (dont César). Ce sont des peuples très divers dont l’unique trait commun tient à une communauté de langue et de coutumes, la « race germanique » étant elle aussi un mythe ! Les Germains ne sont donc jamais désignés sous ce nom, lequel semble faire référence aux voisins immédiats (c’est le sens de l’adjectif relatif germain dans l’expression « cousins germains »).

Guelpa, Patrick (2009 [1998]). Dieux & mythes nordiques, Villeneuve d’Ascq (France), Presses Universitaires du Septentrion, coll. « Savoirs mieux », p. 10.

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At the beginning of history, around the middle of the first millennium AD [notre emphase], the country was wholly Celtic in its language and its institutions. For linguists, this can only have come about by means of a significant immigration of Celtic-speaking people at some time in later prehistory. Such an intrusion is not, however, reflected in the archaeological evidence. There is thus seeming conflict between the two disciplines.

[…]

There is little to suggest that the earliest phase of the Irish Iron Age may be regarded as “ Celtic ”, however that term is applied. The Hallstatt culture is represented in Ireland by little more than a scatter of insular variants of the continental Gündlingen-type sword, a handful of winged chapes and a few other items […]. None of these objects is iron with the rather doubtful exception of a corroded and fragmentary sword blade from the river Shannon at Athlone for which a Hallstatt date has been claimed […].

Raftery, Barry (1996 [1995]). « Ireland. A world without the Romans », dans Miranda J. Green (dir.), The Celtic World, ch. 33, Routledge, Londres et New York, p. 637.

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Les langues celtiques semblent avoir été parlées dans toute la région située au nord des Alpes, de l’Europe centrale jusqu’à l’Atlantique. Le cas des Alpes est plus complexe, bien qu’il soit certain que l’Italie du Nord ait été de langue celtique. La zone orientale de ces langues est également assez difficile à définir. Au nord, en Scandinavie, on dispose de très peu de preuves, mais c’est là qu’apparaîtront plus tard les langues germaniques. La distinction entre Gaulois et Germains aurait été mentionnée pour la première fois par les géographes antiques vers 70 avant J.-C., mais elle existait sans doute déjà auparavant [notre emphase].

Renfrew, Colin (1990 [1987]). L’énigme indo-européenne. Archéologie et langage, trad. de l’anglais par Michèle Miech-Chatenay, Paris, Champs-Flammarion, p. 266.

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Les travaux comparatistes, représentés principalement par l’oeuvre de G. Dumézil, ont pris comme hypothèse de départ que les Romains, qui, selon eux, n’ont pas de mythologie qui leur soit propre, ont « historicisé les mythes », en projetant dans un passé présenté comme réel les vieux mythes qui courent dans les religions des peuples dits « indo-européens ». En se fondant sur cette idée et sur la croyance à l’existence d’une tripartition fonctionnelle chez tous ces peuples, divisant la société en trois groupes, les prêtres, les guerriers et les producteurs, les comparatistes en viennent à refuser toute réalité à l’histoire archaïque de Rome. Cette théorie, séduisante dans son énoncé, a l’inconvénient de ne pas bien s’appliquer dans le détail dès lors qu’on dépasse les rapprochements évidents dus à la parenté du latin avec les autres langues indo-européennes, spécialement le sanskrit.

En fait, les rois latino-sabins ressemblent à des personnages créés par amalgame d’anecdotes plus qu’à des figures mythologiques égarées dans un monde réel. Ils paraissent avoir une personnalité et une histoire bien individualisée, mais leur règne est d’une longueur telle qu’elle n’est pas vraisemblable, ce qui fait penser à une création à partir de légendes populaires circulant dans des milieux variés. De toute façon, le plus ancien état de leur histoire vient d’une époque antérieure à la constitution du patriciat car, chose curieuse, ils portent des gentilices plébéiens et des prénoms inusités par la suite.

Arnaud-Lindet, Marie-Pierre (2005 [2001]). Histoire et politique à Rome, Les historiens romains IIIe siècle av. J.-C. – Ve siècle ap. J.-C., Paris, Bréal, coll. « Agora – Pocket », n° 285, p. 101.

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Nul ne semble mieux mériter le nom d’Indo-Européens que les « Italiques » qui s’établirent dans la péninsule au cours du deuxième millénaire, et parmi eux les Latins surtout. Leur langue a conservé, seule (et en commun) avec l’indo-iranien, bon nombre de mots désignant des faits de religion et d’organisation sociale : inséparables à haute époque. Ce conservatisme obstiné, au long de lents cheminements à travers des espaces immenses, se vérifiera facteur essentiel de l’évolution religieuse de Rome ; il justifie des hypothèses et des recherches qui peu à peu, même contestées ou retouchées, en éclairent certains aspects historiques : sur « l’unité italo-celtique », avant que les peuplades de même provenance et de même langue se fussent séparées pour gagner les unes l’Italie, les autres l’Europe atlantique ; sur « la tripartition fonctionnelle » qui, durablement attestée dans l’Inde par les classes (sacerdotale, militaire, productrice), aurait laissé plus que des traces, des témoignages de structure dans le culte et la légende des Latins.

Bayet, Jean (1999 [1956]). La religion romaine, Histoire politique et psychologique, Paris, Éd. Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », n° 360, p. 15.

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La thèse autochtoniste s’appuie en effet en grande partie sur une théorie linguistique ingénieuse et solide mise en lumière il y a un quart de siècle [première moitié du 20e s.], et soutenue par des savants éminents : selon eux la langue étrusque serait la descendante directe d’une langue pré-indo-européenne parlée autrefois dans la plus grande partie du bassin méditerranéen. Les Étrusques, isolés par les poussées migratrices des peuples italiques auraient résisté à l’invasion linguistique, et subsisté comme une île au milieu des nouveaux parlers, de même que le basque moderne représente le vieil ibérique survivant à l’invasion latine.

Hus, Alain (1957). Les Étrusques, Peuple secret, Paris, Librairie Arthème Fayard, coll. « Les temps et les destins » p. 53-54.

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Les âges sombres sont aussi marqués par les migrations de Grecs sur les côtes d’Anatolie, durant le XIe siècle, avec une répartition par dialectes : Éoliens au Nord, Ioniens au Centre, Doriens au Sud, qui s’applique également dans les grandes îles bordières : Lesbos est éolienne, Chios et Samos sont ioniennes, Rhodes est dorienne. C’est le premier grand mouvement colonial des Grecs, qui précède le mouvement plus vaste du VIIIe au VIe siècle, puis celui qui accompagne la conquête d’Alexandre le Grand. L’origine de ce mouvement migratoire est difficile à déterminer, d’autant qu’elle paraît correspondre à une période de recul de la population en Grèce, avec de petites localités non fortifiées ; c’est l’ancienne Smyrne qui, la première, reçoit une enceinte au milieu du IXe siècle. La disparition de l’écriture est aussi caractéristique de cette période.

Cabanes, Pierre (1992). Introduction à l’histoire de l’Antiquité, Paris, A. Colin, coll.  « Cursus. Histoire », p. 104.

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Les dialectes grecs se répartissent de la façon suivante :

  1. l’arcado-cypriote, qui comprend l’arcadien, le cypriote et le pamphylien et dont nous n’avons que des inscriptions.
  2. l’ionien-attique, qui comprend l’ionien d’Asie, l’ionien des îles et l’Attique [sic.]. C’est en Attique que s’expriment la plupart des grands prosateurs de l’époque classique (Thucydide, Platon, Xénophon, Isocrate, Lysias, Démosthène). Parmi les œuvres rédigées en ionien, on retiendra celle de l’historien Hérodote et celle du médecin Hippocrate.
  3. l’éolien, utilisé en Thessalie, en Béotie et dans l’île de Lesbos. C’est en lesbien que le poète Alcée et la poétesse Sappho ont rédigé leurs œuvres.
  4. le dorien, utilisé dans la plus grande partie du Péloponnèse, en Crète, dans le sud de l’Asie mineure (Halicarnasse, Cos), à Rhodes et en Grande-Grèce, notamment à Syracuse. L’une des plus grandes œuvres rédigées en dorien est celle du poète Pindare. Les Doriens représentent le dernier groupe des envahisseurs indo-européens : ce sont eux qui ont détruit la civilisation mycénienne et ont provoqué les migrations éoliennes et ionienne vers l’Asie mineure. Après leur passage, la Grèce continentale, plongée dans le chaos, connaît une éclipse de plusieurs siècles.

Au dorien se rattachent les parlers du nord-ouest : Phocide, Locride, Etolie, Epire [sic.].

Gravil, Jean-Louis et Claude Mauroy (1995). Le grec par les textes, 4e-3e et grands commençants : 1re année, avec la collaboration de Nicole Gravil, Baume-les-Dames (France), Magnard, p. 10.