Archives for the tag “ Methodology ”

Stéphane Thibault >_

Écrire un livre sur la religion des Celtes est une entreprise fort hasardeuse. Qu’y a-t-il à dire en fin de compte ? Cent pages suffiraient à présenter au lecteur ce que nous possédons comme sources littéraires et comme monuments. Le moyen le plus commode de s’acquitter de cette tâche serait de donner un rapide aperçu de ce que nous savons.

Mais le lecteur veut plus que ces faits nus, qui au fond ne signifient rien par eux-mêmes et ne satisfont pas. Il veut savoir quelles étaient les croyances des Celtes, comment ils se représentaient leurs dieux, ce qu’ils en attendaient, quel culte ils leur rendaient. Or, pour répondre dans une certaine mesure à ces questions, il faudrait un livre de six cent pages au moins. À propos de cette religion, en effet, presque chaque détail pose un problème et ces problèmes risquent de s’enchevêtrer à l’infini ; il faut donc d’une part examiner à fond les explications déjà données par d’autres auteurs, d’autre part appuyer ses propres opinions sur une démonstration serrée. […]

De Vries, Jan (1963 [1961]). La religion des Celtes, trad. de l’allemand Laurent Jospin, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique — Les religions de l’humanité », p. 7.

Stéphane Thibault >_

Vendredi dernier, j’ai reçu un courriel d’un ancien collègue (que je salue au passage) me signalant la présence d’un sondage sur le site de l’UQAM concernant le programme Éthique et culture religieuse (ÉCR). Dans le corps du message, la personne ayant lancé la chaîne écrivait alors : « Je crois que nous avons avantage à le faire circuler pour que les gens qui sont en faveur du programme puissent s’exprimer, car je soupçonne présentement qu’il circule surtout chez ceux qui sont contre […] ».

Je consulte donc rapidement le site en question, le site de nouvelles de l’UQAM, et je répond au sondage en me disant que je ferai circuler à mon tour l’information au cours du week-end. Eh bien deux jours plus tard, ledit sondage était bien sûr déjà clos…

11 janvier 2010

Êtes-vous en faveur du nouveau programme Éthique et culture religieuse offert aux élèves du primaire et du secondaire?

Non (84 %)
Oui (16 %)

Nombre de participants 1352

UQAM (2010). « Archives des sondages », en ligne, <http://www.nouvelles.uqam.ca/index.php?action=sondages>, consulté le 2009-10-17.

Il est toujours difficile de savoir quelles seront les suites d’un tel sondage, mais au cours de mes dix années d’implication étudiante auprès des instances de l’UQAM, j’ai appris que les personnes intéressées par les résultats de tels sondages, en apparence si anodins soient-ils, trouvent toujours le moyen d’en extraire le contenu hors de son contexte au moment opportun.

Je suis d’autant plus troublé que ceux d’entre vous qui me connaissez savez pertinemment que je suis sans conteste plus politisé que la moyenne des gens, que je siège sur le comité exécutif de la Société québécoise pour l’étude de la religion (SQÉR) depuis 2004, et que je suis chargé de cours (donc actif et présent…) cet hiver à l’UQAM. Malgré tout, il aura néanmoins fallu une chaîne de courriels transmise par l’intermédiaire d’un collègue que je n’ai pas vu depuis des années pour que l’information parvienne jusqu’à moi.

Peut-être ne suis-je plus représentatif aux yeux de l’UQAM de la « population générale » qu’elle désire sonder, ou peut-être aurais-je du aller au devant d’une information que plus d’un millier d’internautes avant moi auront su trouver… Peut-être n’est-ce qu’un sondage sans conséquence. Peut-être est-ce un indice probant qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour éduquer une population qui comprend mal les transformations sociales en cours, mais qui sait très bien où trouver les endroit où crier son mécontentement.

Peut-être que le technoreligiologue que je suis a fait un test rapide sur le nouveau sondage pour constater qu’il était très facile de voter à plus d’une reprise, ce qu’on ne vous dira probablement pas le jour où l’on décidera de citer les résultats de ce sondage hors contexte…

Stéphane Thibault >_

Le risque réel, dans cette quête de la patrie des Indo-Européens, c’est que toute notre argumentation ne soit fondée que sur une circularité. […] [L]e Pr Gimbutas parlait de « l’hypothétique culture mère des Indo-Européens, telle qu’on a pu la reconstruire au moyen des mots communs ». Childe, dans Les Migrations préhistoriques, partait de là. Il ne faudrait point oublier à quel point les spécialistes de la paléontologie linguistique s’en remettent aux archéologues pour parvenir à leurs propres conclusions.
[…]
La linguistique historique s’appuie peut-être à juste titre sur l’archéologie mais que, simultanément, l’interprétation archéologique se déduise de l’analyse linguistique donne sérieusement à penser. Chaque discipline suppose que les conclusions de l’autre reposent sur des preuves indépendantes et fiables. En réalité, l’une commence où l’autre finit, et elles s’étayent mutuellement pour faire avancer leurs thèses respectives.

Renfrew, Colin (1994 [1987]). L’énigme indo-européenne. Archéologie et langage, trad. Michèle Miech-Chatenay, Manchecourt (France), Champs – Flammarion, p. 30-31.

Stéphane Thibault >_

Un des outils méthodologiques les plus importants dans votre carrière universitaires, pour tout type de production scientifique, est sans contredit ce que l’on appelle « la règle de trois ». Lorsque j’ai donné le REL1174 pour la première fois, j’ai reçu quelques critiques d’étudiants me reprochant d’avoir passé trop de temps en classe sur cette règle de base, m’a-t-on alors dit acquise depuis fort longtemps.

Force est toutefois de constater au manque de structure de certains travaux de session qu’un professeur a l’occasion de lire chaque année qu’un petit rappel occasionnel ne peut que vous aider à mieux intégrer la méthode.

Celle-ci est en effet fort simple : qu’il s’agisse d’un travail de session, d’un exposé oral, de la rédaction d’un article scientifique, d’un mémoire ou d’une thèse, le plan de base de chacun devrait initialement comporter une introduction, une conclusion et trois éléments constituant le corps de votre production, à leur tour divisés en trois sous-éléments. Vous quantifiez ensuite la charge de travail qui doit être attribuée à chaque section et vous obtenez votre plan de travail.

Prenons l’exemple d’un travail de session de 15-20 pages tel que demandé dans le cadre de ce cours. La première étape consiste à identifier nos trois axes de recherche principaux :

  • Introduction
  • Section 1
  • Section 2
  • Section 3
  • Conclusion

Ajoutons-y maintenant nos pages liminaires et postliminaire, puis quantifions la charge de travail à accomplir :

  • Page couverture (1 p.)
  • Table des matières (1 p.)
  • Introduction (½-1 p.)
  • Section 1 (4 p.)
  • Section 2 (4 p.)
  • Section 3 (4 p.)
  • Conclusion (½-1 p.)
  • Bibliographie (1 p.)

Nous obtenons déjà un total de 16-17 pages beaucoup plus accessible grâce à une division du corps de notre travail en trois blocs principaux de 4 pages. Ajoutons cette fois le second niveau de développement. Nous obtenons ainsi la structure suivante :

  • Page couverture (1 p.)
  • Table des matières (1 p.)
  • Introduction (½-1 p.)
    • Sujet amené (1 par.)
    • Sujet posé (1 par.)
    • Sujet divisé (1 par.)
  • Section 1 (4 p.)
    • Introduction des aspects traités dans la section 1 (½ p.)
    • Aspect 1 (1 p.)
    • Aspect 2 (1 p.)
    • Aspect 3 (1 p.)
    • Conclusion de section et lien de transition (½ p.)
  • Section 2 (4 p.)
    • Introduction des aspects traités dans la section 2 (½ p.)
    • Aspect 1 (1 p.)
    • Aspect 2 (1 p.)
    • Aspect 3 (1 p.)
    • Conclusion de section et lien de transition (½ p.)
  • Section 3 (4 p.)
    • Introduction des aspects traités dans la section 3 (½ p.)
    • Aspect 1 (1 p.)
    • Aspect 2 (1 p.)
    • Aspect 3 (1 p.)
    • Conclusion de section (½ p.)
  • Conclusion (½-1 p.)
    • Rappel de votre question centrale (1 par.)
    • Synthèse de vos conclusions (1 par.)
    • Conclusion ouverte (1 par.)
  • Bibliographie (1 p.)

Il suffit ensuite de nous rappeler l’autre règle de base de la rédaction, « une idée, un paragraphe », et nous sommes en affaires pour la suite de notre carrière universitaire !

Dans le cas d’un exposé oral de 15 minutes par exemple, nous n’avons qu’à substituer un nombre de minutes au nombre de pages, alors que pour un mémoire ou une thèse, nous ajoutons un zéro à la suite des nombres indiqués. La structure de base demeure toutefois toujours la même.

Bien entendu, la « règle » de trois doit ici être comprise au sens d’un canevas de base qui évoluera au fil de votre recherche et non d’un cadre rigide duquel on ne peut s’échapper. Il est toutefois fortement conseillé comme point de départ de vos productions scientifiques, notamment à ceux et celles qui, perdus dans leurs pensées, « s’écoutent écrire »… J’invite d’ailleurs ceux qui se reconnaissent en cette phrase à prendre le petit 5 minutes nécessaire pour ébaucher le plan de réponse à une question d’examen par exemple, sur une feuille blanche ou dans la couverture du cahier de réponse lorsqu’un endroit est prévu à cet effet, avant d’y répondre ; votre pensée n’en sera que plus claire et facile à suivre pour votre lecteur.

Stéphane Thibault >_

Veuillez prendre note que ce site est de construction récente et qu’à ce titre, je ne découvre les éléments de mise en forme à retravailler qu’au moment de les utiliser.

Je viens par exemple de découvrir qu’en date du 2010-01-12, le style de la balise <cite> place le texte cité en italique, ce qui n’est pas conforme à l’usage courant. En français, l’utilisation de l’italique est réservé de préférence pour les locutions en langues étrangères et les titres d’ouvrages. J’ajusterai donc le fichier css du thème utilisé sur ce site dès que possible.

Peut-être savez-vous que je suis également assistant à la rédaction de la revue Frontières et qu’une part importante de mon travail consiste précisément à mettre en forme les textes de nos collaborateurs en vue de la publication. Les intéressés pourront consulter le protocole de rédaction en vigueur à la revue, préparé en fonction des normes de notre éditeur, les Presses de l’Université du Québec (PUQ). Ce protocole diffère quelque peu du style utilisé dans les autres types de productions scientifiques, mais peut certainement s’avérer une ressource intéressante pour les chercheurs universitaires de tout niveaux.