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Stéphane Thibault >_

Les âges sombres sont aussi marqués par les migrations de Grecs sur les côtes d’Anatolie, durant le XIe siècle, avec une répartition par dialectes : Éoliens au Nord, Ioniens au Centre, Doriens au Sud, qui s’applique également dans les grandes îles bordières : Lesbos est éolienne, Chios et Samos sont ioniennes, Rhodes est dorienne. C’est le premier grand mouvement colonial des Grecs, qui précède le mouvement plus vaste du VIIIe au VIe siècle, puis celui qui accompagne la conquête d’Alexandre le Grand. L’origine de ce mouvement migratoire est difficile à déterminer, d’autant qu’elle paraît correspondre à une période de recul de la population en Grèce, avec de petites localités non fortifiées ; c’est l’ancienne Smyrne qui, la première, reçoit une enceinte au milieu du IXe siècle. La disparition de l’écriture est aussi caractéristique de cette période.

Cabanes, Pierre (1992). Introduction à l’histoire de l’Antiquité, Paris, A. Colin, coll.  « Cursus. Histoire », p. 104.

Stéphane Thibault >_

On peut se demander, à observer ce duel explosif de la France et de l’Allemagne, ce que serait devenu le problème dorien si d’autres nationalités s’y étaient intéressées à la même époque. L’école anglaise, par exemple, hérite du schéma sans y porter une attention particulière, ni le mettre en doute dans ses grandes lignes. Les invasions doriennes font vite parties du stock considérable des idées reçues.

Le nazisme est l’aboutissement ultime de cette théorie de la race, déjà si bien constituée chez Müller [Karl Ottfried, auteur de Die Dorier, 1824]. Quelques mots pour situer les Doriens dans l’histoire nazie : tout y est clair et univoque ; l’esprit grec est dorien, et donc germanique, puisque issu de la même branche nordique de la race aryenne. Les invasions doriennes ont abouti à sauver la Grèce de la contamination asiatique et la quintessence des vertus grecques s’exprime plus que jamais dans le génie militaire du modèle spartiate [« Sparte, considérée à tort ou à raison comme le symbole du dorisme » (p. 44) (…)]. Le tout s’inscrit dans une théorie générale des migrations indo-européennes qui exalte jusqu’au délire la supériorité de l’élément germanique.

Schnapp-Gourbeillon, Annie (1986 [1982]). « L’invasion dorienne a-t-elle eu lieu ? », dans C. Mossé (dir.), La Grèce ancienne, Paris, Seuil, p. 46.