Archives for the tag “ Mysteries ”

Stéphane Thibault >_

Déjà moribonde du fait de la désagrégation interne des cités, la religion poliade s’effondre avec leur écroulement politique. L’homme ne trouve plus à satisfaire ses aspirations vers l’au-delà dans le cadres des poleis : la meilleure dévotion ne peut plus être d’accomplir de son mieux son devoir de citoyen. La religion de collective se fait individuelle, comme il est naturel en un temps où partout triomphe l’individualisme.

Cette crise profonde engendre deux attitudes opposées. Beaucoup tombent dans le scepticisme, qui se développe non seulement dans certaines écoles philosophiques, mais aussi, semble-t-il, dans le populaire […]

Le culte nouveau de Tyché (la Fortune) est une forme déguisée du scepticisme. Cette déesse n’est en somme que la négation de la providence divine et la personnification du désordre et du fortuit qui semblent seuls désormais gouverner les affaires humaines, au milieu des vicissitudes d’événements chaotiques. […]

Mais la ferveur est dans l’ensemble beaucoup plus forte que le scepticisme. Elle éclate dans certaines philosophies comme le stoïcisme, témoin l’admirable Hymne à Zeus de Cléanthe d’Assos […]

Elle est plus forte encore dans la masse, écrasée par la crise sociale, heurtée par les vicissitudes d’une histoire tourmentée, arrachée à ses croyances traditionnelles, et qui ne peut se consoler qu’en parvenant aux sommets de la sagesse. La soif du salut se fait tourment. Elle ne trouve à s’apaiser que dans les cultes émotionnels, voire extatiques, qui procurent au fidèle un contact direct et personnel avec le dieu qu’il a choisi.

Lévêque, Pierre (1992 [1969]). Le monde hellénistique (Quatrième édition), Paris, Armand Colin, coll. « Agora », n° 230, p. 183-185.

Stéphane Thibault >_

Pythagore est un héros légendaire de la Grèce : être inspiré et démoniaque*, il était considéré par certains comme un intermédiaire entre les dieux et les humains. Le pythagorisme est une secte religieuse vouée au culte de Dionysos, le dieu du vin et de tout ce qui célèbre le délire de l’âme. La secte cherchait, par des initiations secrètes, à purifier l’âme de ses adeptes. Pour les pythagoriciens, l’initiation aux sciences — et tout particulièrement à la science des nombres — purifiait l’âme des initiés. Le groupe connut une division entre une tendance plus religieuse et superstitieuse (les akousmatikoi) et une tendance plus philosophique (les mathèmatikoi). Cette division était une manifestation de l’opposition entre la pratique religieuse et la philosophie. Ces derniers s’appelaient d’ailleurs, pour la première fois, des philosophes : des amis de la sagesse. À la différence des acousmatiques, le philosophe voit dans l’initiation à la connaissance rationnelle des nombres un moyen de purifier son âme et de se rapprocher de la perfection divine.

Carrier, André, Pierre Després, Marie-Germaine Guiomar et Ginette Légaré (1995). Apologie de Socrate, Introduction à la philosophie, Anjou (Québec), Centre Éducatif et Culturel inc., coll. « Philosophies vivantes », p. 111.