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Stéphane Thibault >_

Le Romain est un homme pieux. L’Ancêtre mythique du peuple romain, qui le rattache à la lignée troyenne, est le « pieux Énée », pius Aeneas. Mais la piété antique n’a que peu à voir avec les formes modernes de dévotion. Elle n’est pas de l’ordre du sentiment. Ce n’est pas une piété du coeur ; l’effusion, l’affectivité n’y ont point de place. C’est un comportement, qui se définit par le respect des devoirs que les hommes ont envers les dieux et par l’accomplissement des obligations qui en découlent. Elle tient tout entière dans l’observance des rites.

La notion de pietas ne se limite d’ailleurs pas à la sphère religieuse. Respect des devoirs à l’égard d’autrui, reconnaissance des justes hiérarchies qui structurent le monde, elle dicte à l’homme son comportement à l’égard de ses parents (« piété filiale »), de sa patrie (« patriotisme »), de ses dieux : bref, des valeurs les plus sacrées. Elle est de l’ordre de la justice. À chacun son dû. […]

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Piété formelle, rituelle, elle se nourrit de religio. Mais cette dernière n’est pas non plus ce qu’attendrait un moderne : elle n’est ni le sentiment religieux, ni la croyance, ni même la religiosité. Cicéron la définit comme le « culte rendu aux dieux », cultus deorum (De la nature des dieux, 1, 117 ; 2, 8), c’est-à-dire le fait de les « honorer » (colere) : la religion est une pratique. […] Loin d’avoir le regard critique que nous, modernes, posons volontiers sur elle (trop froide, trop sèche, trop ritualiste…), les Romains étaient persuadés de l’excellence de leur religion.

Champeaux, Jacqueline (1998). La religion romaine, Paris, Librairie Générale Française, coll. « Le livre de poche – Antiquité », n° 552, p. 11-12.