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Stéphane Thibault >_

L’histoire est connue. Minos roi de Crète a une femme, Pasiphaé, qui s’éprend d’un taureau et engendre un monstre mi-homme mi-taureau, le Minotaure. Pour enfermer celui-ci l’architecte Dédale construit à Cnossos un labyrinthe dont il est presque impossible de sortir. Minos réclame chaque année en tribut aux Athéniens l’envoi de sept jeunes garçons et sept jeunes filles qui doivent être offerts au monstre. Thésée, le fils du roi d’Athènes Égée, s’embarque parmi eux et grâce aux conseils de la fille de Minos, Ariane, réussit à tuer le monstre et à ressortir vivant du labyrinthe. Ainsi finit la sujétion d’Athènes envers Minos.

Ceci est un récit mythique raconté à des fins d’explication et de légitimation. Dans ce cas, il s’agit de doter le héros Thésée, ancêtre des Athéniens, de tout un cycle d’exploits (le meurtre du Minotaure en est un parmi d’autres) pour qu’il rivalise en importance avec un autre héros fort célèbre, Héraclès, dont se réclament d’autres cités grecques à l’époque classique et en particulier Sparte. Il faut se détourner de l’utilisation directement historique des mythes, leur interprétation est beaucoup plus complexe, ils ne sont en tout cas pas des chroniques historiques. Et l’on peut fort bien reconnaître le caractère extraordinaire pour l’époque de la présence des Crétois hors de leur île sans pour autant parler d’empire.

Orrieux, C. et P. Schmitt-Pantel (1995). Histoire grecque, Paris, PUF, p. 24.

Stéphane Thibault >_

On peut se demander, à observer ce duel explosif de la France et de l’Allemagne, ce que serait devenu le problème dorien si d’autres nationalités s’y étaient intéressées à la même époque. L’école anglaise, par exemple, hérite du schéma sans y porter une attention particulière, ni le mettre en doute dans ses grandes lignes. Les invasions doriennes font vite parties du stock considérable des idées reçues.

Le nazisme est l’aboutissement ultime de cette théorie de la race, déjà si bien constituée chez Müller [Karl Ottfried, auteur de Die Dorier, 1824]. Quelques mots pour situer les Doriens dans l’histoire nazie : tout y est clair et univoque ; l’esprit grec est dorien, et donc germanique, puisque issu de la même branche nordique de la race aryenne. Les invasions doriennes ont abouti à sauver la Grèce de la contamination asiatique et la quintessence des vertus grecques s’exprime plus que jamais dans le génie militaire du modèle spartiate [« Sparte, considérée à tort ou à raison comme le symbole du dorisme » (p. 44) (…)]. Le tout s’inscrit dans une théorie générale des migrations indo-européennes qui exalte jusqu’au délire la supériorité de l’élément germanique.

Schnapp-Gourbeillon, Annie (1986 [1982]). « L’invasion dorienne a-t-elle eu lieu ? », dans C. Mossé (dir.), La Grèce ancienne, Paris, Seuil, p. 46.